Retour sur la façon dont les journaux télé ont traité la privatisation de la Française Des Jeux. Cette semaine, on a touché le gros lot.

Ça y est, cette semaine, plus que le gros lot, on a surtout touché le fond ! Pourquoi ? Eh bien parce que la plupart des sujets qui me sont tombés sous la rétine, ressemblaient davantage à des dépliants publicitaires qu’à des reportages d’information.

Alors pour commencer, il faut quand même que je vous raconte ce que j’ai entendu toute la journée hier, passer en boucle sur les chaînes info : une magnifique déclaration, signée Bruno Le Maire, qui, aussi cocasse que ça puisse paraître, n’a pas suscité le moindre commentaire critique. Et pourtant, ouvrez grand vos oreilles, car le ministre de l’Economie, privatiseur de loterie, est venu dire, au sujet de la Française Des Jeux, ça :

Elle doit appartenir aux français, grâce à la participation populaire la plus large possible

Quelqu’un aurait quand même pu lui faire remarquer que la Française Des jeux ne doit pas « appartenir aux français », mais qu’elle appartient aux français ! 

Et que s’il appelle à une « large participation », c’est uniquement parce qu’avec cette privatisation, l’état va, de facto, revendre aux plus riches, ce qui, jusqu’ici, appartenait… à tout le monde !

Bien, alors vous allez me dire : qu’un ministre vienne faire, dans le poste, la pub de sa politique, c’est le jeu. Admettons. Alors, un ministre… peut-être. Mais est-ce que c’est, aussi, le rôle d’un journaliste ?

Je pose la question car pendant ces 48 dernières heures, j’ai vu, toutes chaînes confondues, une palanquée de reportages, tous plus hallucinants les uns que les autres. Partout, on avait le sentiment qu’il s’agissait d’un joyeux événement, un truc très guilleret, une aubaine, qu’on attendait tous frénétiquement :

Ça y est, la privatisation de la FDJ, cette entreprise publique, très populaire, est lancée

Et dont l’angle était, au mieux, de répondre à cette entêtante question :

Est-ce que les investisseurs se précipitent ?

Et au pire, de produire une gigantesque incitation à aller acquérir, dare-dare, des actions. La palme revenant incontestablement au 20 heures de TF1, qui a réussi, mercredi, un authentique exploit ! Figurez-vous qu’ils sont parvenus à débuter leur reportage dans un bureau de tabac et à mettre la main sur une femme qui, remplissant sa grille de loto, leur a confié ceci :

On a beaucoup gagné quand même

Oui oui, vous avez bien entendu, ils ont dégoté quelqu’un qui a « beaucoup » gagné au loto. Et c’est combien beaucoup ?

Le maximum c’était combien que vous avez gagné ? 250 000. 250 000 ? Hé !

250 000 euros ! Alors si je vous ai fait entendre ça c’est parce qu’à aucun moment je n’ai entendu dans ce reportage, ou dans les autres, que la plupart de ceux qui jouent au loto, perdent. 

Que la Française Des Jeux est avant tout une entreprise qui pique dans la poche des plus pauvres pour permettre à l’Etat de gagner de l’argent.

Que le jeu est, pour quantité de personnes, un vice épouvantable qui conduit à des situations dramatiques.

Et que, depuis l’ouverture des paris sportifs en ligne, un nombre terrifiant de jeunes gens souffrent de cette addiction et que plus personne ne sait aujourd’hui comment réagir face à ce nouveau fléau.

Dommage, vraiment dommage, qu’aucun reportage n’ait choisi d’aller gratter ces sujets plutôt que des tickets de loto rigolos. Et voilà pourquoi je crois qu’on peut dire que, cette semaine, en matière d’à peu près et de cynisme, nos petits camarades auront coché toutes les cases. 

  • Légende du visuel principal: Au sujet du traitement médiatique de la privatisation de la FDJ © AFP / ERIC PIERMONT
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