Cette semaine, Bruno a observé les nombreuses sorties médiatiques d’Emmanuel Macron. Il y a vu un glissement totalement inédit…

Cette semaine, notre président de la république s’est exprimé à deux reprises dans des grands médias : mardi matin, il était dans la matinale d’Europe 1 et hier soir, sur le plateau régional du 19/20 de France 3. Deux temps forts donc, dans la mise en scène de la parole présidentielle et pourtant, qu’est-ce que les télévisions ont retenu de ces deux interventions ? Rien, absolument rien !

En revanche, trois séquences, impliquant directement Emmanuel Macron sont passées, en boucle, sur toutes les chaînes info et dans tous les J.T des grandes chaînes. 

Ces séquences avaient toutes un point commun : elles se sont déroulées… dans la rue

La première a fait florès, mardi, parce qu’un habitant de Verdun a alpagué Macron au sujet du prix de l’essence : 

« Regardez le carburant, c’est atroce. Alors je vais venir au carburant mais le carburant, c’est pas bibi. »

La seconde, parce qu’elle a opposé Bibi à une retraitée, très remontée : 

« Pourquoi vous nous massacrez, pourquoi nous ? On n’arrive plus à vivre »

Et la troisième parce qu’en déplacement, hier, dans une usine Renault, Macron s’est fait pourrir sa visite par un syndicaliste qui lui a balancé qu’il n’était pas le bienvenu : 

«Monsieur Macron vous n’êtes pas le bienvenu ici. Bonjour Monsieur, vous n’êtes pas apparemment majoritaire. »

Pourquoi ces séquences-là ont-elles à ce point passionné les télés ?

Parce que dans la rue, on trouve le fameux… « homme de la rue », si cher au cinéaste Frank Capra, ce « Monsieur tout le monde » censé nous représenter tous : un gars, pas content, qu’a pas sa langue dans sa poche, et qui est capable de dire au président de la république qu’il est coupé des gens, des vrais !

Y’a le château avec le roi et en bas y’a les gens qui souffrent

Alors, que les Français de la rue engueulent le président de la République lorsqu’ils le croisent, est-ce nouveau ? Non, à l’époque à laquelle j’étais encore un jeune reporter, on m’avait envoyé suivre un déplacement du président Chirac, il s’était fait copieusement conspuer, un type lui avait même hurlé « enculé !» Et Chirac, visiblement très entraîné, s’était contenté de lui répondre : « Chirac, enchanté ». Seulement voilà, à l’époque, la télé ne filmait pas ce genre d’à côtés et il ne serait venu à personne l’idée de vous raconter dans le poste une pareille anecdote. Aujourd’hui, non seulement on montre ces séquences, mais le commentaire des journalistes les souligne :

« Quasiment chaque jour il est pris à partie par des Français. »

Qu’est-ce que ce glissement nous dit, précisément ? 

D’abord, que les méthodes du Petit Journal, sa capacité à faire du contre-champ pour débusquer les stratégies des communicants, ont fini par influencer l’ensemble de la profession. Mais il nous dit, surtout, que les soit disant « vrais gens », constituent une sorte de panacée universelle après laquelle tous ceux qui sont en charge de couvrir la politique, à la télé, ne cessent de courir, persuadés que c’est ce type de confrontation qui déstabilise nos élus. 

Pour autant, est-on sûr que ça marche ? Est-ce que lorsque le président de la République se fait remonter les bretelles par Monsieur tout le monde, il perd nécessairement le contrôle de la situation ? 

La réponse est non et pour s’en convaincre, il suffit de regarder les images des trois épisodes que je vous ai fait réentendre, car sur chacune d’elles, qui aperçoit-on, à même pas un mètre du président ? Sibeth N’Diaye, la conseillère en communication d’Emmanuel Macron. On peut donc aisément en conclure que Macron n’a pas subi ces prétendues altercations, mais qu’il les a choisies et même organisées. Voilà pourquoi à la question : « C’est pas un peu compliqué pour vous en ce moment de croiser les Français ? » Emmanuel Macron a répondu ceci :

«Non, c’est un vrai bonheur. Ah, vous me voyez, je suis très heureux !

Tu m’étonnes, ça s’appelle l’arroseur-arrosé, c’est aussi vieux que le cinéma et bien antérieur à « L’homme de la rue » de Frank Capra. Bonne journée !

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