Plus précisément, un tweet signé par le ministre de la culture, Franck Riester, a fait bondir Bruno Donnet.

Ça s’est passé mardi, le jour du cinquième anniversaire du massacre qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo, le jour où, ici même, à Radio France, plusieurs émissions devaient être consacrées à l’événement. Seulement voilà, si je vous dis « devaient », c’est parce qu’en raison du mouvement de grève qui affecte les antennes depuis maintenant 39 jours, certaines de ces émissions n’ont pas pu être diffusées.

C’est donc dans ce contexte que le ministre de la Culture s’est fendu, sur Tweeter, d’un saisissant message qui disait ceci, deux points, ouvrez les guillemets :

« Jour anniversaire de la tuerie de #CharlieHebdo, quelques grévistes de @radiofrance font annuler sur les antennes du service public des émissions traitant de la liberté d’expression et de la presse. Incompréhension et indignation ».

Voilà, alors je dois vous dire qu’en lisant ça, c’est moi qui ai ressenti… « indignation et incompréhension ». 

Indignation, parce qu’en choisissant de profiter du jour anniversaire de l’assassinat de nos confrères pour enfin sortir du silence dans lequel il se tenait, au sujet de la grève, depuis 36 jours, le ministre de la Culture assimile insidieusement « grève » et « indignité ». Mieux que ça, il sous-entend qu’ici, « quelques grévistes » auraient la volonté d’entraver « la liberté d’expression » !

Sérieusement, quand on sait les liens, les affinités électives qui existent entre France Inter et Charlie Hebdo, quand on se souvient que Philippe Val a dirigé ces deux maisons, que notre regretté Bernard Maris chroniquait à la fois dans le journal et à ce micro… qui peut croire à une saloperie pareille ? Qui peut accepter que dans un pur élan démagogique un ministre de la Culture choisisse d’opposer Radio France à Charlie et de faire passer des salariés amoureux de leur métier et inquiets pour leur avenir pour des gens « indignes » et ennemis de la liberté de la presse ?

Voilà pour l’indignation. Et pour l’incompréhension ? 

Eh bien je n’ai pas bien compris, d’abord, qu’un ministre de la Culture foule ainsi au pied un droit fondamental dans une démocratie : le droit de faire grève et de dire qu’on n’est pas d’accord. 

Et puis je n’ai pas bien compris, non plus, la forme de… « hiérarchie » qu’a choisi d’établir Monsieur Riester. Pourquoi en effet « s’indigner » (au bout de 36 jours) uniquement parce que l’équipe de Charlie a été, très momentanément, privée d’antenne ? N’est-il pas tout aussi regrettable que ceux qui aiment écouter France Culture, France Musique ou que les millions d’auditeurs qui, dans les régions, sont attachés aux antennes de France Bleue soient ainsi privés de leurs radios et de l’esprit de service public auquel ils sont attachés, depuis bientôt 6 semaines? 

Enfin, je ne comprends pas… la forme, la désinvolture totale qui consiste à réagir à un mouvement de grève aussi massif par un simple Tweet. 229 caractères balancés comme ça, bien confortablement planqué derrière l’écran de son téléphone portable, pour dire, entre la poire et le fromage, qu’on est « indigné ».

Alors voilà, cher Franck Riester, je m’adresse à vous :

Vous fûtes, il y a quelques années, lorsque vous étiez dans la conquête du pouvoir, un parlementaire courageux qui n’hésita pas à s’opposer à son propre camp, (à l’époque il s’appelait l’UMP), pour dire publiquement votre soutien à une mesure du camp d’en face : le mariage pour tous. Eh bien maintenant que vous avez conquis de grandes responsabilités, maintenant que c’est vous qui tenez les manettes et qui infligez des potions amères à Radio France en imposant des réductions budgétaires sans précédent, continuez donc de faire preuve de courage et venez ! Venez ici Monsieur le ministre. Venez sur France Inter. Venez dans ce studio. Et plutôt que de mettre en cause la « dignité » de tous ceux qui s’inquiètent simplement pour l’avenir du service public, venez donc nous montrer comment vous exprimez la vôtre. Bonne journée.

  • Légende du visuel principal: Le ministre de la Culture, Franck Riester, lors d’une séance à l’Assemblée nationale, Paris, 7 janvier 2020. © AFP / STEPHANE DE SAKUTIN
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