Bruno Donnet a regardé le journal de 13h de France 2. Il y a vu la meilleure intervieweuse politique de toute la campagne européenne : Marie-Sophie Lacarrau.

A star is born, Sonia ! Elle s’appelle Marie-Sophie Lacarrau, elle présente le 13 heures tous les jours de la semaine et, en temps normal, elle n’interroge absolument jamais les politiques, tout simplement parce que son journal n’est pas le lieu pour ça. Toutefois, imminence d’un scrutin européen auquel participent… 33 listes, excusez du peu + obligations du CSA + équilibre du temps de parole… et voilà que France 2 se retrouve contrainte de caser des interviews politiques absolument partout sur sa grille, partout, y compris donc dans son 13 heures.

Le hic, c’est que si elle veut bien tenter de respecter le pluralisme, d’offrir la parole à 33 impétrants, la chaîne ne dispose pas d’un temps d’antenne extensible. Du coup, l’espace dédié aux interviews politiques est réduit à peau de chagrin et c’est là que le bât blesse. Hier, par exemple, Marie-Sophie Lacarrau recevait Jean-Christophe Lagarde, tête de liste de l’UDI. Seulement voilà, devinez un peu combien de temps aura duré leur entretien ? 3 minutes et 25 secondes ! Pas une de plus. Du reste, c’était tellement gênant que pour donner l’illusion que le temps d’antenne était un peu plus long, les grands stratéguerres de France 2 avaient trouvé une combine. Laquelle ? Eh bien figurez-vous qu’ils ont collé un reportage entre deux morceaux d’interview. Oui Madame, ils ont saucissonné le bousin, comme ça, ça ne durait même pas 3 minutes et 25 secondes… d’un seul tenant, ça faisait 1 minute 35, un p’tit reportage sur un gars, "Producteur de cresson dans l’Essonne". Et hop, re 1 minute 50. Alors ? Eh bien alors, incontestablement pour nous faire, finement, toucher du doigt l’absurdité totale que représente une séquence aussi brève, Marie-Sophie Lacarrau a fait la grève ! Elle a boudé. Elle n’a strictement rien foutu, rien préparé du tout. 

Et elle a commencé son interview par une question sur un sujet au moins aussi couillon que la répartition du temps de parole : les sondages. 

Dans notre dernier sondage, publié en début de semaine, vous êtes crédité de 2% d’intentions de vote. Il en faut 5 pour avoir des élus

Puis elle a enchaîné en comparant Jean-Christophe Lagarde, équité oblige, à Francis Lalanne :

Vous vous trouvez, vous, à 2%, comme la liste Gilets jaunes du chanteur Francis Lalanne, vous vous dites quoi : j’ai raté ma campagne ?

Avant de conclure avec une dernière question, une nouvelle fois consacrée à un autre candidat, et toujours inspirée par les sondages :

François-Xavier Bellamy, c’est lui qui monte en ce moment, qui visiblement fait une belle campagne. Vous êtes d’accord avec ça, vous lui reconnaissez ce mérite ?

Une question qui lui aura d’ailleurs permis, parce que Jean-Christophe Lagarde à pris le temps de pinailler sur sa maîtrise de l’arithmétique ("Pardon Madame, je ne sais pas où vous avez vu qu’il montait, puisqu’il était à 14% au mois d’octobre (…) 14% aujourd’hui, je crois que c’est normalement le même score, sauf si je me suis trompé"), de lui montrer qu’elle était également capable de brandir, en 3 minutes 25, des arguments politiques, absolument… massues :

En tous cas, dans les commentaires du milieu politique, il est assez remarqué.

Voilà, pas une question sur sa vision de l’Europe, rien sur son projet politique, nada sur ce qui le différencie des autres candidats et que dalle sur les raisons pour lesquelles il faudrait voter pour lui… plutôt que pour Francis Lalanne. Rien que des sondages… et du cresson. 

Alors on dit bravo. 

Bravo Marie-Sophie Lacarrau, vous avez trouvé-là une merveilleuse façon de protester contre l’ineptie totale à laquelle conduit la règle de l’équité imposée aux médias. Car oui, face à l’absurdité d’un système, une bonne démonstration par l’absurde, constitue souvent un excellent révélateur ; à condition, toutefois, de le faire vraiment exprès. 

  • Légende du visuel principal: Marie-Sophie Lacarrau © Maxppp / Sylvestre
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