Lundi soir, BFMTV diffusait un grand reportage consacré aux violences entre gilets jaunes et policiers, suivi d’un entretien avec le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur. Bruno Donnet a été très surpris de ce qu'il a vu.

J’ai été très frappé parce que si BFMTV a manifestement un peu changé, je dois vous dire que ceux qui sont chargés d’assurer la défense médiatique du maintien de l’ordre en sont restés à l’âge de glace de la communication politique.

Je vous explique, d’abord, ce que j’ai vu et pourquoi je vous dis qu’il y a eu du changement sur l’antenne de BFM TV. D’ordinaire, lorsque vous allumez BFM, il y a un présentateur qui cause, des images qui tournent en boucle derrière lui, et, quand il n'y a plus de boucle, il passe la parole à un type qui est en duplex de quelque part, et qui lui répète… la même chose, tous les quarts d’heure. Mais, depuis que les journalistes de la chaîne info ont rouspété auprès de leur direction; depuis qu’ils ont expliqué qu’ils en avaient ras la bonnette de ne faire que des duplex, la chaîne diffuse, régulièrement, et en prime time s’il vous plait, des enquêtes fabriquées… par sa rédaction. Celle de lundi portait donc sur les violences qui ont opposé les gilets jaunes aux forces de l’ordre et… je dois vous dire que je l’ai trouvée absolument remarquable. Équilibré, hiérarchisé, le documentaire de BFMTV revenait très largement sur ce samedi de décembre, où l’Arc de Triomphe fût mis à sac par des casseurs : « à 11h30, ce 1er décembre, sous l’Arc, c’est la déroute pour les derniers policiers présents »

Et la préfecture du Puy-en-Velay, incendiée par quelques éléments qui souhaitaient ne laisser strictement aucune chance aux forces de l’ordre : « Les manifestants les menacent de mort + Vous allez brûler + C’était violent, violent, violent, on a échappé au pire, c’est claire et net »

Voilà, à l’aide d’images inédites et de témoignages rares, la première moitié du reportage montrait donc parfaitement bien comment, dans les manifs, des policiers ont été attaqués par des salopards qui voulaient… les buter. Mais, comme elle était très bien construite, la seconde moitié de l’enquête s’est attachée, aussi, à illustrer qu’il y avait eu également des dérapages… du côté policier. Ainsi, une séquence montrait, document amateur à l’appui, comment réfugié dans un fast-food pour échapper aux gaz lacrymogènes, une jeune femme de 32 ans a été tabassée par des CRS.

Tandis qu’allongé au sol, un garçon recevait un nombre de coups de matraque absolument hallucinant : « Sur ces images, il reçoit 13 coups. Et ce n’est pas fini, un autre CRS vient lui en porter 4 de plus ». 

Les images étaient d’une violence à couper le souffle, tout comme cette séquence qui montrait comment, dans les rues de Bordeaux, Olivier, un pompier volontaire de 47 ans qui manifestait pacifiquement, s’est brutalement retrouvé dans le coma, après avoir reçu, alors qu’il était de dos, un tir de flash ball en pleine tête : « Je suis très en colère parce qu’ils ont tiré pas pour se défendre mais ils ont tiré pour faire mal »

Ces images étaient d’une violence absolument saisissante, voilà pourquoi, bien inspirée, BFM TV avait choisi d’inviter Laurent Nunez, le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur, à y réagir. On était donc très impatient d’écouter ses explications, mais je dois vous dire que ce que j’ai entendu, lundi soir, m’a laissé totalement abasourdi. Bruce Toussaint lui a posé, on ne peut plus clairement la question suivante : « Y a-t-il eu depuis le début de ce mouvement des violences policières ? »

Et le secrétaire d’Etat, lui a répondu, droit dans ses bottes : « Non » 

Le journaliste lui a ensuite demandé pourquoi certains policiers, munis de flash ball, visaient parfois la tête des manifestants. Et le bras droit de Christophe Castaner lui a rétorqué… alors qu’on venait de voir rigoureusement le contraire : « Mais comme vous le savez, on ne vise pas la tête (…) on ne vise pas la tête ! »

Bref, le déni fût total et la mauvaise foi permanente. Séquence très gênante car si on savait déjà que les tirs de flash ball pouvaient éborgner les manifestants, depuis lundi, on sait désormais, que sur un secrétaire d’Etat, non seulement ça aveugle, mais en plus, ça rend sourd.

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