Avant-hier Bruno, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire a réclamé l’interdiction des cabines de bronzage et vous avez été très surpris par la manière dont les journaux télévisés ont choisi de traiter cette information…

Savez-vous Sonia ce qu’est un sujet « Pif-Paf » ?

Eh bien c’est un sujet assez facile à réaliser puisqu’il suffit, pour le ficeler, de trouver un thème clivant, comme le prélèvement des impôts à la source, ou la procréation médicalement assistée, par exemple, et de donner… « Pif », la parole à quelqu’un qui est pour. Et « Paf » la parole à quelqu’un qui est contre. 

Ça présente l’avantage de l’équilibre et comme ça a, en plus, l’apparence de la neutralité, nos camarades des JT… en raffolent.

Seulement voilà, si cette petite mécanique fonctionne parfaitement bien avec des sujets qui interrogent la morale ou la sensibilité de chacun d’entre nous, bref avec des problématiques que les journalistes résument à la question « faut-il ? », il semble infiniment scabreux de vouloir adapter ce mode de traitement à n’importe quel sujet d’actualité. 

Et pourtant… vous le rappeliez Sonia, mercredi, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire a demandé au gouvernement d’interdire les cabines de bronzage, au motif que… Anne-Sophie Lapix l’a parfaitement indiqué, sur France 2 :

« Les rayons UV artificiels seraient responsables de 380 cas de mélanomes, de cancers de la peau, chaque année ».

Voilà, vous avez bien entendu : l’info du jour, c’était donc qu’après des années de recherches, (et après nombre de leurs prédécesseurs), d’éminents scientifiques, venaient d’établir, formellement, que les cabines de bronzage provoquaient des mélanomes, c’est-à-dire des cancers gravissimes !

Donc, théoriquement, après pareille révélation, il semblait totalement impossible d’aller traiter le sujet à la mode « Pif-Paf », et en le réduisant à une question du type : « faut-il interdire les cabines de bronzage »… étant entendu qu’on venait de nous démontrer que leur fréquentation rendait gravement malade. Impossible… ? Et bien écoutez donc par quelle question a commencé le reportage du 20 heures de France 2 :

« Faut-il interdire ces cabines de bronzage en France ? »

Voilà, alors je vous rassure, c’était pas mieux sur TF1, le JT a d’abord « Pif » donné la parole à un dermatologue qui foutait bien les jetons :

« Les UV provoquent des modifications au niveau des cellules et ces modifications au niveau des cellules sont source de cancer. »

Avant d’aller « paf » coller son micro, sous le nez d’un amateur de bronzette en cabine qui nous a régalé des raisons pour lesquelles, il était contre :

« On pense pas aux conséquences, peut-être que dans 10-15 ans y’aura des répercussions »

Voilà, niveau argument… pas scientifique pour deux ronds, on était déjà bien achalandé merci, mais, les fins limiers des JT ont réussi à faire… encore mieux. Ils sont allés offrir la parole à un certain Hervé Corlay, président du syndicat des professionnels du bronzage en cabine, comprenez donc le type le moins objectif de la création, puisque pas du tout pressé qu’on lui retire son gagne-pain. Un garçon qui a donc pu très tranquillement balancer ça, sur TF1 :

« En l’état actuel de la connaissance scientifique, il n’y a pas de lien de causalité direct entre mélanome et bronzage en cabine. »

(On venait tout juste de nous expliquer rigoureusement le contraire, je le rappelle !) Puis, ceci, sur France 2…  attention, si vous aimez les éléments « factuels » et si le cynisme vous colle de l’urticaire, éloignez-vous du poste car vous risquez une irruption carabinée :

« Le bronzage en cabine en France, c’est 10 000 emplois, c’est plus de 5000 entreprises et donc, appeler à l’arrêt du bronzage en cabine avec des conséquences aussi importantes, avec aussi peu d’éléments factuels et scientifiques, c’est proprement hallucinant. »

Hallucinant, effectivement, on ne saurait mieux dire. Alors, peut-on, sur l’autel de l’habitude et d’une mécanique facile à mettre en œuvre, en arriver à faire challenger, à la télé, les conclusions irréfutables des scientifiques par le point de vue d’un type qui défend des intérêts bassement corporatistes ? Ou faut-il l’envoyer se faire cuire le cul dans ses cabines, jusqu’à ce qu’il en ressorte rouge de honte ? Et bien pif, je vais vous chercher un pour et un contre. Et paf, je reviens la semaine prochaine. Bonne journée !

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