Face à une actualité totalement dominée par les grèves et la réforme des retraites, Bruno Donnet s'est interrogé sur qu’est-ce qu’était une priorité en matière politique et médiatique ? Car cette semaine nos politiques ont tranquillement décidé d’inverser la chronologie des priorités.

La secrétaire d’État à l’environnement Brune Poirson et le Premier ministre Édouard Philippe
La secrétaire d’État à l’environnement Brune Poirson et le Premier ministre Édouard Philippe © AFP / CHARLY TRIBALLEAU

Impossible d'échapper aux gros titres de la semaine

Oui, ça ne vous aura pas échappé, cette semaine, impossible d’allumer la télé sans avoir droit au comptage matinal des kilomètres de bouchons :

353 kilomètres d’embouteillages cumulés désormais

Aux scènes consternantes de bastons dans les transports :

Les gens se poussaient et tout, y’en a ils sont tombés dans les escaliers, c’est affolant, j’ai jamais vu ça

Et à la bobine d’Edouard Philippe chargé de nous faire avaler qu’il faudra désormais travailler… plus longtemps… pour avoir droit à une retraite à taux plein :

Je voudrais que tous les Français le sachent !

Impossible d’y échapper, tout simplement parce que la priorité du gouvernement : réformer le régime des retraites, a causé un bordel colossal dans le pays qui est devenu la priorité… des médias. 

C’est quoi au juste une priorité ?

Eh bien en matière médiatique, ce n’est pas compliqué : le nouveau prime systématiquement sur l’important.

Mais en matière politique comment ça se passe ? Est-ce que la priorité, comme on pourrait légitimement l’espérer, est toujours donnée à ce qui est le plus important ?

Eh bien pour répondre à cette question, il suffisait cette semaine de rapprocher deux informations, deux annonces qui ont été faites quasi simultanément et dont l’inégalité de traitement m’a laissé sur le séant. Car figurez-vous qu’au moment même où le Premier ministre jugeait urgentissime de réformer un système de retraites qui fonctionne parfaitement mais qui sera probablement en déficit d’ici quelques décennies, la secrétaire d’État à l’environnement, Brune Poirson, annonçait une mesure spectaculaire qui engage un problème qui, lui, est déjà bel et bien sous nos yeux : le changement climatique :

Hier, à l’assemblée nationale, nous avons voté l’interdiction des plastiques jetables

Une mesure majeure, assortie toutefois d’une petite précision :

Hier, à l’assemblée nationale, nous avons voté l’interdiction des plastiques jetables, d’ici 2040

D’ici 2040 ! Excusez du peu, pendant que, encore plusse mieux, cette nuit, le sommet européen adoptait un accord… « partiel »… sur la neutralité carbone… d’ici 2050 !

En d’autres termes, cette semaine nos politiques ont tranquillement décidé… d’inverser la chronologie des priorités. Ils ont fait l’analyse que l’équilibre budgétaire des retraites devait être atteint… immédiatement, mais que l’équilibre climatique… pouvait bien attendre 20 ou 30 ans, alors que les faits commandent rigoureusement l’inverse !

Et les médias dans tout ça ? Eh bien ils ont accompagné le mouvement. Affrétés des hélicoptères pour filmer les embouteillages pendant des heures et choisi de traiter les décisions environnementales sous forme de brèves de 30 secondes.

« Nous sommes nos choix » écrivait Jean-Paul Sartre, ceux effectués cette semaine ne m’ont guère rassuré, qui ont semblé ériger le slogan de BFM TV : « priorité au direct », en maxime cardinale. Et entériné qu’à la télévision, l’immédiat et le temps court priment généralement sur la réflexion et sur le temps long.  

Toutefois il y a de l’espoir...

Oui oui, car figurez-vous que les priorités peuvent changer. La preuve ? Eh bien je suis venu ce matin avec une archive succulente. Oh c’était il n’y a pas bien longtemps, écoutez donc ce qu’un certain Emmanuel Macron, dont le Premier ministre vante désormais les vertus du départ à la retraite à 64 ans, nous disait le 25 avril dernier, en pleine conférence de presse :

Est-ce qu’il faut reculer l’âge légal qui est à 62 ans ? Je ne crois pas

Macron, qui donnait à sa décision, deux explications :

La première, c’est que je me suis engagé à ne pas le faire

Un engagement, accompagné… d’une priorité :

Tant qu’on a pas réglé le problème du chômage dans notre pays, franchement ça serait assez hypocrite de décaler l’âge légal

Je vous le disais, les priorités… ça peut changer. Bonne journée !

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