Cette semaine Bruno a regardé comment les journalistes télé ont réagi aux annonces d’Emmanuel Macron.

En voulant se moquer de la ministre du travail, plusieurs commentateurs ont finalement fait le jeu du gouvernement sur la question de l’augmentation du SMIC…

Vous le savez Sonia, le commentaire politique est un art… subtil qui réclame de tourner au moins 7 fois sa langue dans sa bouche, sous peine de se voir immédiatement transformé… en arroseur arrosé. J’ai donc été très surpris de constater que, dès mardi matin, nombre de journalistes politiques s’étaient précipités pour ridiculiser Muriel Pénicaud, prétendument coupable d’avoir avalé son chapeau… sur la revalorisation du SMIC. 

J’ai entendu plusieurs commentaires qui allaient dans ce sens, et l’un d’entre eux, je l’ai capté dans le 13 heures de TF1, où l’éditorialiste politique de la chaîne, s’est allègrement payé la ministre en expliquant, ceci, à Jean-Pierre Pernault :

« La ministre du travail, Muriel Pénicaud, elle a découvert, elle, quelques minutes avant l’intervention du président, par un coup de fil du chef de l’état que finalement le SMIC allait bien bénéficier, d’une manière ou d’une autre, d’une revalorisation de 8% alors qu’elle avait affirmé le contraire la veille ».

Alors c’est vrai, la veille, interrogée par Arlette Chabot sur LCI, Muriel Pénicaud avait déclaré qu’une éventuelle augmentation du SMIC, n’était absolument pas à l’ordre du jour et elle avait expliqué pourquoi :

« Le SMIC, on sait que ça détruit des emplois donc c’est pas la bonne méthode ».

C’était donc assez tentant en effet de vouloir railler une ministre contrainte, aujourd’hui, d’assurer le service après-vente d’une mesure à laquelle elle était farouchement opposée… hier. C’était tentant mais fallait-il, pour autant, céder à cette facilité ? Et bien ça, c’est pas sûr.

Car qu’est-ce qu’a dit, précisément, Muriel Pénicaud sur LCI ? Elle a dit que si l’on augmentait le SMIC, on augmenterait, aussi, le coût des salariés, et que nombre d’employeurs renonceraient donc à embaucher :

« Y’a plein d’artisans, de commerçants etc qui vont mette la clef sous la porte qui n’y arriveront pas. »

Or qu’est-ce qu’a annoncé, toujours précisément, Emmanuel Macron lundi soir ?

" Le salaire d’un travailleur au SMIC augmentera de 100 € par mois dès 2019 ».

Il a dit que le salaire d’un travailleur augmenterait, mais à aucun moment que le SMIC allait augmenter ! Et oui, le diable est toujours dans les détails, il n’a donc a aucun moment contredit sa ministre. Seulement voilà, produire un décorticage fin de la mécanique… économique de l’augmentation, expliquer comment le gouvernement allait y parvenir, c’était nettement plus compliqué et beaucoup moins marrant que de se payer Pénicaud ! Mais était-ce pour autant inutile ? 

Pour répondre à cette question, je vous propose d’écouter ce qu’a opportunément souligné en pleine Assemblée Nationale, non pas un journaliste, mais bien un député, le socialiste Joël Aviragnet, élu de Haute-Garonne :

« Non, Emmanuel Macron et son gouvernement ne vont pas augmenter le SMIC. Le SMIC sera revalorisé à hauteur de 1,6%, soit le taux d’inflation et il passera de 1184 € nets par mois, à 1203 € »

Il a commencé par tordre le cou aux nombreux raccourcis qu’il avait entendu, puis il poursuivi son exercice de pédagogie en expliquant que l’augmentation du salaire des smicards étant juste un effet de la fameuse « prime d’activité » : 

« Vos annonces frauduleuses cachent en fait l’accélération de la hausse de la prime d’activité qui était déjà annoncée pour 2021 ».

Avant de conclure en précisant qui paierait cette mesure :

« La prime d’activité est une prestation sociale, elle est donc financée par l’impôt ».

Cette petite analyse, froide et austère, aurait pu faire un merveilleux éditorial, nettement plus productif que les gloussements que je vous ai fait entendre au début de ce papier. Car oui Sonia, cette semaine, les moqueries de certains commentateurs auront finalement rendu une fière chandelle à tout un gouvernement qui sait parfaitement bien que le sarcasme, de plus en plus souvent utilisé comme unique instrument du commentaire politique, constitue un merveilleux cheval de Troie, extrêmement performant pour nous faire prendre, par exemple, les vessies d’une simple revalorisation de la prime d’activité, pour les lanternes… d’une véritable augmentation du SMIC. Bonne journée !

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