Bruno Donnet a suivi le stupéfiant épisode de la sortie de prison de Patrick Balkany et en est arrivé à la conclusion suivante : les Balkany sont devenus aux chaînes info ce que les oranges sont à la télé réalité...

Oui, semblables à ces hordes de candides bodybuildés qui viennent montrer leur cul et leur inculture crasse sur des antennes qui détournent allègrement en ridicule, les époux Balkany sont devenus de la chair à canon pour chaînes d'information

Ici, le numéro de duettiste repose sur un équilibre assez simple à comprendre : les Balkany nourrissent l'ogre médiatique qui réclame quotidiennement son flot d'images cocasses et de pitreries cathodiques en échange de quoi les chaînes infos flattent l'exhibitionnisme et la soif de revanche d'un couple de repris de justice qui, comme "Les anges de la téléréalité", est persuadé que ses gesticulations nous passionnent...

Toutefois avant hier, cette relation déjà assez scabreuse a atteint des sommets en matière d'indécence. Pourquoi ? Parce que pendant des heures, les chaînes info ont fait des kilomètres sur un événement dont je mets au défi quiconque de venir nous expliquer ici en quoi il justifiait une pareille couverture. 

BFM TV a commencé par casser son antenne lorsque madame est sortie de sa bagnole de fonction pour aller récupérer monsieur : 

Regardez en direct ces images d'Isabelle Balkany, qui arrive à la prison de la Santé

On a ensuite eu droit aux états d'âme de l'épouse : 

Je suis excitée comme si j'avais deux ans

Confions son excitation d'abord à la télévision, puis à l'oreille de son détenu de mari, avec lequel elle s'entretenait, certes au téléphone, mais sous l'œil avide de dizaines de caméras : 

Tu es encore en haut ? D'accord mon amour. Bah moi je suis excitée comme une puce

Madame Balkany a même allègrement tutoyé l'obscène. Révélant à l'antenne de quelle manière elle comptait occuper sa soirée : 

Je vais m'occuper de lui ; je vais le border ; je vais le câliner

Tot tot, avant de lever définitivement la patte sur l'élégance et de renvoyer la retenue à la niche à grands coups de serpillière : 

Ce soir je pense que nos trois toutous vont être tellement content de nous voir que va falloir essorer quelques pipi

Voilà, alors tout ça a duré des plombes et c'est passé en direct sur les antennes, finissant par produire  deux séquences absolument prodigieuses : 

  • La première a mise en scène Isabelle Balkany à l'entrée de la prison, parlant au téléphone avec son époux, lequel était en train de la regarder à la télé depuis sa cellule :

Chérie, je suis devant la porte. Tu me vois à la télé ? Mon dieu quelle horreur, c'est ridicule

Difficile, en effet, de trouver des mots plus justes pour résumer la situation "une horreur ridicule". 

  • Et la seconde séquence nous a montré une journaliste de BFMTV qui, sur le plateau de la chaîne - qui diffusait en boucle ces images totalement absurdes de deux condamnés pour fraude fiscale et blanchiment qui étaient en train de nous déballer leur intimité - a fini par se plaindre de quoi ? D'un excès de déballage : 

C'est assez extraordinaire ce déballage, ce décalage entre la gravité des faits reprochés aux époux et cette légèreté, cette insoutenable légèreté

Alors si vous aimez Milan Kundera accrochez-vous un peu, car il faut que j'ajoute à ce florilège déjà assez insoutenable que la grande légèreté des chaînes d'info a finalement conduit ces êtres délicieux à poursuivre la voiture de Patrick Balkany, d'abord à pied, puis à moto : 

On voit quelques-uns de nos confrères pour, au prochain feu rouge, peut-être avoir une interview, la première interview de Patrick Balkany en sortie de prison

Produisons donc à l'aide de personnages condamnés par la justice une séquence que la télévision avait initiée en 1995, au moment où, excusez du peu, un président de la République qui s'appelait Jacques Chirac avait été élu au suffrage universel. 

Vous le voyez bien à la télévision, il y a parfois de sacrés grains de riz dont les rouages, reste à savoir, comme pour les ondes de la télé réalité, si les plus pathétiques sont ceux qui s'y expriment ou ceux qui les diffusent.

  • Légende du visuel principal: Isabelle Balkany s’adresse aux journalistes devant la prison de la Sante après la libération de son mari Patrick Balkany, Paris, 12 février 2020 © AFP / FRANCOIS GUILLOT
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