Mercredi, LCI proposait un débat entre Edouard Philippe et une dizaine de citoyens français, avec une grande nouveauté de mise en scène.

Avant-hier soir Bruno, vous avez regardé « La grande explication », c’est-à-dire le débat que la chaîne LCI proposait entre le premier ministre et une dizaine de français. Et vous nous dites que vous y avez vu une grande nouveauté dans la mise en scène du débat public…

Oui Sonia, il s’est passé dans ce débat quelque chose de très nouveau. Tellement nouveau que l’éditorialiste du Figaro, Yves Thréard, qui était chargé de le conclure, a bien failli en avaler son chapeau. Il a jugé que les échanges avaient été d’une violence « inouïe ». Mais en employant ce qualificatif, les a-t-il pour autant parfaitement résumé ? Pas sûr. Car ce débat ne fût pas « violent », il fût surtout… inhabituel. Mais attention, inhabituel… au sens des codes de la télévision, ce qu’il ne faut surtout pas confondre avec la réalité… nous y reviendrons. Alors, qu’y avait-il d’à ce point inhabituel dans ce programme?

Et bien, d’abord, le moment de sa diffusion était assez singulier. Car si, jusqu’ici, il était régulièrement arrivé que des politiques viennent causer dans le poste avec des français… des vrais, ça ne se produisait (généralement) qu’au moment des élections, lorsque, devenus candidats, les politiques en campagne jugaient payant de venir se soumettre non plus au questionnement des journalistes, mais à celui de Monsieur Toulemonde. 

Mais ce qui a changé, surtout, c’est la nature du casting et la teneur des propos que l’on a entendu sur LCI. Car jusqu’alors, lorsque la télévision invitait des français, leur principale mission consistait à venir dire « je » et à témoigner de leur difficile réalité. La télé cherchait ainsi de l’émotion et du décalage entre les français et leurs élites. Seulement voilà, elle choisissait de faire incarner tout ça par des gens polis, respectueux de la fonction politique, bref par des gens méticuleusement sélectionnés et auxquels tout le monde, y compris les représentants politiques étaient parfaitement habitués.

Or, qu’a-t-on vu avant-hier dans le débat dont je vous parle ? Et bien on a vu un sacré coup de pied au cul du conformisme cathodique : des français se sont adressés au premier ministre, non plus comme on s’adressait à lui… traditionnellement, à la télévision, mais comme cela arrive désormais tous les jours et depuis des années… dans la rue, c’est-à-dire dans la réalité, nous y voilà. Ils ne lui ont donc pas seulement raconté leur quotidien, mais ils lui ont donné leur point de vue sur son action. Un chef d’entreprise l’a engueulé copieusement en lui demandant des comptes. Une retraitée lui a fait part de son désir de plus de politique concrète, lui faisant observer qu’il était également possible, selon elle, d’agir sur des leviers extrêmement terre à terre comme, par exemple, la hausse des prix dans les supermarchés. Tandis qu’un patron de restaurant, infiniment décomplexé, et d’une vulgarité confondante, lui expliquait que parce qu’il estime que la France croule sous trop de taxes, il en avait imaginé une nouvelle : "la TSGC : la taxe sur le grattage de cul !" ... 

Alors voilà, dans cette émission, on a donc vu des français parler dru, parler cru et illustrer, on peut s’en désoler, la grande dégradation du niveau du débat public à laquelle on assiste un peu partout. Seulement voilà, ça n’était pas « violent », c’était tout simplement… sans filtre, sans fard, car la grande vertu de ce programme et de ceux qui l’ont organisé, c’est d’avoir réussi à mettre en scène le débat politique, non pas comme on aimerait qu’il soit… mais tel qu’il est. 

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