Dimanche dernier, Bruno Donnet a vu dans le 20 heures de France 2 un reportage absolument remarquable et, une fois n’est pas coutume, il a eu envie de s'emballer…

Plus qu’un reportage, le sujet sur lequel je suis tombé dimanche est un véritable document. Un document à archiver précieusement. Un document… pour l’Histoire. 

Ses trois auteurs : Stéphanie Pérez, Stéphane Guillemot et Ludovic Lavieille, se sont rendus en Syrie, à Baghouz plus précisément, la toute dernière enclave détenue par les irréductibles de Daech, un endroit qui présente une petite particularité : il a fait l’objet d’un pilonnage massif de la part des forces de la coalition. Tellement massif que ce que l’équipe de France 2 s’attendait à filmer, disons-le franchement, c’était des ruines, celles d’un camp de djihadistes vidé de ses occupants.

Seulement voilà, en arrivant sur place, les reporters ont eu une petite surprise

Chassés de ce secteur, les irréductibles du groupe Etat Islamique se sont retranchés un peu plus loin, dans un autre campement, nous ne sommes qu’à 200 mètres.

Bien loin d’avoir débarrassé le plancher, les combattants sont toujours là, la guerre fait rage et les visiteurs ne sont pas franchement les bienvenus :

Soudain, nous sommes obligés de nous replier.

Alors ? Eh bien alors en deux temps trois mouvements, les reporters de France 2 se sont adaptés à cette situation qu’ils n’attendaient pas… pas là… pas comme ça

Et en fait de territoire abandonné, ce qu’ils nous ont donné à voir, eh bien c’est la guerre. Mais attention, pas la guerre telle qu’on a coutume de l’apercevoir, sur les trop rares clichés, figés, qui nous parviennent de Syrie, non, la guerre en mouvement. Et si leur document est extrêmement précieux, c’est parce qu’il est, aussi, infiniment subtil. Car certes, on y entend les balles siffler, certes, on a très peur pour eux, mais on y voit, surtout, des images totalement paradoxales : dans la tente de ces terroristes, par exemple, juste à côté des balles de fusil mitrailleur, on aperçoit un doudou, abandonné par un gosse. 

Puis, on découvre qu’entre deux bombardements et trois tirs de snipers, les djihadistes font de la mobylette : « devant les bâtiments, au milieu des carcasses de véhicules, beaucoup de mouvements : des motos qui vont et viennent tranquillement, des silhouettes d’hommes et de femmes qui déambulent »

Eh oui, on n’imaginait pas l’ignominie la plus abjecte sous cet angle

On n’imaginait pas que la barbarie pouvait faire de la mob en même temps que la guerre, et des enfants auxquels elle offre des doudous. 

Alors voilà, à un moment où le travail des journalistes est de plus en plus décrié et où certains n’hésitent plus à les prendre pour cible, y compris physiquement, évoquer ce formidable reportage, sa valeur de document pour l’histoire, mais également la somme de courage qu’il a fallu à ses auteurs pour le réaliser, m’a semblé infiniment nécessaire. 

Et souligner que lorsque des journalistes vont filmer la guerre, ils partent seuls, comme ils l’ont toujours fait, alors que ceux qui sont chargés de couvrir de simples manifestations, en France, sont désormais flanqués d’agents de sécurité… une incongruité sur laquelle il y a, peut-être, matière à méditer.  

Aller plus loin 

Écoutez la rencontre avec les djihadistes en déroute de Baghouz de notre envoyé spécial Aurélien Colly

  • Légende du visuel principal: Bombardement sur Baghouz © AFP
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