Cette semaine Bruno a trouvé l’actualité médiatique particulièrement pénible et a choisi de trouver refuge… dans un marronnier.

Oui, cette semaine entre les inepties du très caramélisé Georges Kiejman, qui a réussi l’inégalable performance de balancer, sur LCI, au sujet de Pierre Desprosges :

« D’abord Desproges est un antisémite, point barre. »

Et le débat sur la sortie du film d’un Polanski, accusé de viol, qui a fait dire, hier, au journaliste du Figaro Magazine Jean-Christophe Buisson, qui s’exprimait sur RTL :

« Je l’ai vu une première fois, je suis un peu plus réservé que Patrick, mais je suis allé le voir une deuxième fois, juste pour enquiquiner les féministes. »

Je vous avoue que j’ai eu envie de partir loin, très loin, de ce tintamarre et de ne surtout pas mettre les mains… dans cette immonde bouillasse. 

Alors ? Eh bien alors je me suis souvenu que j’avais aperçu, jeudi dernier, un splendide marronnier dans le 13h de TF1… et j’ai choisi de m’y réfugier.

Alors un marronnier, dans le langage journalistique, vous savez ce que c’est Sonia, c’est un sujet que l’on peut faire et refaire tous les ans, parce que… tel le marronnier qui immanquablement refleurit au printemps… et se fane à l’automne, il revient sempiternellement… dans l’actualité. 

Ainsi, la rentrée des classes est un marronnier. Tout comme la neige en hiver ou la chaleur en été.

Ces sujets-là, comme moi, vous en avez tous vu des tripotés. Mais, ce qu’il y avait de totalement spectaculaire dans le reportage sur lequel je suis tombé, c’est qu’il s’agissait d’un marronnier… au sens propre du terme ! Oui oui, vous m’avez bien entendu, j’ai vu, dans le journal de 13 heures, un reportage sur… des arbres ! Pourquoi ? Eh bien Jean-Pierre Pernaut l’a justifié très facilement dans son lancement :

« C’est toujours l’automne (…) la période la plus désagréable de l’année pour les jardiniers »

Parce que c’est l’automne. Et que… en automne ?

« Faut ramasser les feuilles mortes. »

Voilà, du coup, un journaliste de la rédaction de TF1 s’est tapé d’aller illustrer LE marronnier absolu : un sujet sur les feuilles mortes qui tombent… parce que c’est l’automne !

Alors le marronnier, d’ordinaire, c’est la hantise totale du journaliste. Le truc le plus chiant de la création, auquel il tente d’échapper par tous les moyens ou auquel il essaye de trouver… toujours vainement, un traitement… original. Mais là, dans le reportage que j’ai vu, le type qui l’a signé n’a absolument pas tenté de se singulariser. Il a pris son marronnier… comme n’importe quel autre sujet d’actualité et il l’a traité comme si on lui avait demandé d’aller couvrir un train qui déraille ou un mouvement de grève dans les hôpitaux.  Il a donc commencé, descriptif, par détailler ce qu’il avait sous les yeux : les feuilles :

« Elles tapissent le sol d’un épais manteau brun, jaune et ocre »

Puis il a cherché un témoin… pour incarner son sujet. Il a dégoté Daniel, ratisseur de feuilles mortes en jardin :

« Oh, c’est plus un plaisir qu’une corvée »

Avant de problématiser le bazar en donnant, grâce aux explications d’un employé municipal, un enjeu à son reportage :

« Les feuilles de platane, c’est des feuilles qui sont très glissantes donc pour les véhicules, pour les usagers, c’est vraiment une patinoire quoi »

Car oui, les feuilles… ça glisse. Et de conclure en apportant… une information :

« Dans les centres de recyclage de la métropole de Lyon, l’an dernier, 76 tonnes de feuilles ont été transformées en terreau. »

Voilà, remarquable traitement du marronnier ! Et la démonstration que lorsque partout, on se questionne légitimement sur les dérèglements climatiques, on s’angoisse face à un monde en grande mutation et où l’on assiste à l’hystérisation systématique de tous les débats de société (coucou le voile islamique. Salut Finkielkraut). Il existe encore UN bastion de la France éternelle, un endroit douillet devant lequel on peut s’installer pour écouter le monde… ne pas changer d’un pouce. Ce village d’irréductibles s’appelle : le 13 heures de TF1 et je dois vous avouer que cette semaine, face au spectacle de philosophes qui font passer la patrie des lumières pour un pays dans lequel on manque singulièrement d’ampoules, je l’ai trouvé… reposant.

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