Libération des otages au Bénin : l’étonnant itinéraire médiatique d’une petite phrase prononcée par le ministre des Affaires étrangères…

Si vous aimez les vérifications… et les mises en abîme, aujourd’hui, vous allez être servis ! Tout a commencé samedi matin, invité à réagir à la libération des otages français enlevés au Bénin, mais aussi, et surtout, à la mort des deux militaires envoyés pour les libérer, Jean-Yves le Drian a déclaré sur l’antenne d’Europe 1 :

« La zone où étaient nos deux compatriotes était considérée, depuis déjà pas mal de temps, comme une zone rouge, c’est-à-dire une zone où il ne faut pas aller, où l’on prend des risques majeurs en y allant. »

Il les a accusés de s’être trouvés dans une zone formellement interdite, avant d’ajouter :

« La plus grande précaution doit être prise dans ces régions pour éviter que de tels enlèvements n’aient lieu et pour éviter des sacrifices de nos soldats »

Eviter des sacrifices de nos soldats ! En d’autres termes, en prononçant cette phrase, Jean-Yves le Drian a choisi de faire porter aux otages la lourde responsabilité de la mort des deux nageurs de combat, tentant ainsi d’échapper à la polémique qui enflait sur la responsabilité du gouvernement qui avait ordonné l’opération. Une manœuvre de communication qui a commencé par parfaitement fonctionner, puisque, quelques heures plus tard, le 13 heures de TF1 reprenait, sans la contester, la déclaration du ministre :

« Ce matin, le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, disait regretter que des touristes se soient rendus dans une zone présentant des risques majeurs »

Seulement voilà, dès le lendemain, le site de Marianne se lançait dans une entreprise de vérification des propos du ministre et concluait qu’il s’agissait d’un gros bobard, d’une manip’, puisque la zone soi-disant « rouge », ne l’était pas. Allons bon ! La vérification était immédiatement reprise par le 20 heures de France 2, qui, dimanche soir, nous expliquait que :

« Le jour de leur enlèvement, le mercredi 1er mai, la zone dans laquelle se trouvait leur hôtel était simplement en zone orange, c’est-à-dire déconseillée aux touristes. »

Information confirmée par France 3, qui précisait : 

« Ce n’est qu’après l’enlèvement que la zone passe en rouge, soit formellement déconseillée par le ministère des Affaires étrangères. »

Avant que l’émission « C Politique » de France 5 ne conclue :

« Les touristes n’ont donc pas pu prendre en compte cette consigne puisqu’ils avaient déjà quitté la France et à cette époque, au moment donc de leur départ, la zone n’était pas du tout signalée. »

L’histoire déjà pas mal alambiquée de la vérification aurait pu s’arrêter là, mais, lundi, patatra, rebondissement ! L’excellent site « Check News », mis en ligne par Libération, décidait de vérifier la vérification, accrochez-vous bien, et concluait que le passage de la zone de la couleur orange, à la couleur rouge, datait en vérité du mois de décembre, avant de préciser, toutefois, que l’hôtel dans lequel devait séjourner les otages se trouvait bien en zone orange, mais que la voiture qui les y conduisait avait été retrouvée en zone rouge !

Voilà, alors à un moment où le fact checking est devenu un genre journalistique à part entière, je dis bravo aux vérificateurs. Mais, je voudrais profiter de cette histoire haute en couleurs, pour dire aussi : haro sur la mise en abîme ! Stop à l’effet vache qui rit, car dans cette histoire, le temps passé à vérifier les vérifications des vérificateurs de fact checkeurs, aura été un magnifique écran de fumée et autant de temps non utilisé pour se demander si, lorsque deux soldats français sont tués, il est absolument urgent et décent, de la part d’un ministre, de faire porter le képi à des touristes qui, j’ai bien vérifié Sonia, n’ont strictement aucun pouvoir de donner des ordres aux militaires.

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