Dimanche dernier, après les séquences de lynchage de journalistes au cours des manifestations de gilets jaunes, Bruno a regardé comment les 20 heures avaient choisi de traiter cette information. Il a été abasourdi par ce qu'il a entendu…

Dimanche, TF1 et France 2 avaient chacune décidé de consacrer un reportage à l’inquiétant climat de défiance qui existe désormais entre une partie des gilets jaunes et la presse. Après avoir montré les épouvantables tabassages que nous avons tous vus, les 20 heures avaient donc choisi d’essayer de comprendre pourquoi certains manifestants nous en voulaient tant. Les deux chaînes sont donc allées tendre leur micro à des mécontents, qui leurs ont tous sensiblement dit la même chose… et que la journaliste de TF1 a parfaitement résumé… avec cette phrase :

« Ils accusent souvent les journalistes d’être à la botte du pouvoir »

Des journalistes accusés d’être… « à la botte du pouvoir »… Mazette ! Alors ça m’a paru complètement dingue, seulement voilà, sur la chaîne d’en face, une dame disait exactement la même chose, et prétendait, en sus, avoir été victime… de censure :

« Les journalistes sont avec l’Etat. J’ai témoigné hier sur France 3 et ils n’ont pas dit ce que j’avais dit au… au truc ».

Du coup Sonia, j’ai eu envie de faire deux choses : la première, c’est d’expliquer à cette dame que si… bien qu’elle ait été interviewée par France 3, ses propos n’ont pas été diffusés… à l’antenne, ce n’est pas parce que les journalistes ont voulu censurer son point de vue, mais parce qu’ils ont choisi… d’en diffuser d’autres, qui étaient probablement… plus tranchants, plus concis (vous savez que nous manquons toujours cruellement de temps), ou mieux dits ; ou encore, parce qu’au moment où cette dame s’est adressée à la caméra, le cadreur a bougé, que l’image était floue, ou que le pin-pon d’une ambulance qui passait au même moment est venu saturer le micro qui enregistrait ses propos.

Et puis… et puis afin de trancher et de savoir si oui, ou non, les journalistes sont… « à la botte du pouvoir », et bien j’ai eu envie de lister tout ce que j’ai vu, rien qu’au cours de cette semaine.

Samedi, j’ai entendu ici, sur France Inter, que la cellule investigation avait enquêté sur les frais de mandat des députés et qu’elle avait épinglé une parlementaire, accusée d’avoir allègrement tapé dans la caisse. Et de qui s’agissait-il ?

« D’une ancienne députée socialiste, Anne-Christine Lang, elle siège aujourd’hui dans le groupe La République En Marche ».

Une députée de la majorité… On a fait plus servile pour plaire au pouvoir !

Mardi, j’ai aperçu, en plein 20 heures, l’épatant David Dufresnes, un journaliste qui s’est chargé de recenser et de dénoncer toutes les blessures qui ont été infligées à des gilets jaunes par les flash-ball qu’utilisent, parfois, contre toute légalité… le bras armé du pouvoir, entendez… la police :

« Toutes ces blessures, au-dessus des épaules, sortent du cadre de la loi [...] les policiers ont ordre de ne pas viser les visages, les nuques, les policiers le font ! »

Et puis j’ai entendu, aussi, que la télévision s’était intéressée de très près à l’affaire Benalla :

« Pourquoi ses passeports n’ont-ils pas été restitués ou désactivés une fois Alexandre Benalla licencié le 1er août ? »

Benalla, une affaire pas franchement à la gloire de l’exécutif et qui, rappelons-le, a éclaté grâce aux révélations de qui ? D’une journaliste, encore une, elle s’appelle Ariane Chemin et elle écrit dans Le Monde.

Enfin, j’ai entendu avant-hier, dans le 20 heures de France 2, un farouche opposant à Emmanuel Macron s’exprimer pendant 8 minutes 30 :

« Jean-Luc Mélenchon bonsoir. Bonsoir Madame »

Notez que la semaine précédente, au même endroit, et à la même heure, France 2 avait donné la parole à une femme qui rassemble, sur son nom, plusieurs millions de personnes farouchement hostiles à Emmanuel Macron :

« Bonsoir Marine Le Pen. Bonsoir »

Alors voilà, critiquer les médias, c’est sain et nécessaire mais justifier des violences inqualifiables et prétendre que les journalistes… « sont à la botte du pouvoir », c’est inexact et ça relève de l’enfumage le plus absurde, ou comme on dit désormais en Macronie :

« ça, c’est de la pipe »

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