Avant-hier, Bruno a regardé sur France 5 la rediffusion d’une émission qui s’appelle « Nus et culottés ». Il a été totalement enthousiasmé par la manière dont ce programme met en scène les rencontres…

Nans (à gauche)et Mouts reprennent leurs aventures
Nans (à gauche)et Mouts reprennent leurs aventures © NANS ET MOUTS / BONNE PIOCHE

Nus et culottés, ce n’est pas vraiment une nouveauté, le programme en est à sa sixième saison mais si j’ai choisi de vous en parler ce matin, c’est parce qu’à une heure de grande défiance entre ceux qui fabriquent la télé et ceux qui la regardent, dans un climat de ronds-points occupés et de journalistes qui passent leur journée à se faire engueuler, il m’a semblé qu’il y avait, dans cette émission, une très intéressante matière à réflexion.

Alors si vous ne connaissez pas le concept, je vous l’explique en deux mots : deux garçons d’une petite trentaine d’années, Nans Thomassey et Guillaume Mouton, partent à l’aventure, avec un projet, très précis, et pour seuls bagages, trois petites caméras et un baluchon.

Là on est au Canada, au Québec et dans notre baluchon, il y a un rêve, c’est d’aller faire une cabane dans la forêt, au nord du pays 

Et si je vous dis que le baluchon et les caméras sont leurs seuls bagages, et bien c’est parce que c’est vraiment tout, rigoureusement tout, ce qu’ils emportent avec eux :

Alors comme d’habitude, on n’a pas d’argent, pas de vêtements, pas d’équipe technique, on a seulement trois petites caméras : celle-ci, celle-ci et celle-ci. 

Ils se présentent donc, en tous cas au tout début du programme, dans le plus simple appareil, ou si vous préférez et comme on dit au Québec, "les gosses à l’air".

Alors rassurez-vous, ils récupèrent très vite quelques guenilles qu’ils trouvent dans des poubelles, histoire de se couvrir un minimum, puis ils vont, très vite, toquer aux portes 

Bonjour. On est deux vagabonds de passage sur l’île. Et on s’en venait dans cette maison pour voir si y’avait la possibilité de récupérer des vieux vêtements parce que, comme vous le voyez, on est partis sans rien.

Et ça marche, après quelques explications de leur projet, les gens qu’ils croisent leur refilent des fringues et certains vont même jusqu’à les inviter à dormir, ou à manger chez eux.

Bref, les rencontres se succèdent ainsi tout au long du programme et donnent lieu à des séquences d’une fraîcheur absolument incroyable, dans lesquelles la quasi-totalité des personnages que croisent les deux garçons, se révèlent d’une humanité et d’une générosité infiniment communicative et pourtant tellement rare à la télévision.

Du coup, en regardant cette émission, je me suis posé une question : pourquoi lorsqu’elle met en scène des rencontres, la télé ne le fait-elle pratiquement jamais sous cette forme ? Pourquoi lorsque deux mondes se croisent faut-il que ce soit systématiquement dans des formats de télé-réalité débiles, dans lesquels des Marseillais hurlent sur des Ch’tis ou dans des émissions de « dating » dans lesquelles l’unique but est de tenter de séduire quelqu’un ? 

Et puis ? Et puis, je me suis demandé, aussi, pourquoi Nans Thomassey et Guillaume Mouton étaient si bien reçus par les gens qu’ils croisaient ? (Essayez donc de vous présenter, à poil, devant la porte de quelqu’un… Y a toutes les chances pour qu’il vous la referme sur le nez !) La réponse tient bien évidement à la présence des caméras qui intriguent ceux qui les voient et qui leur donnent, naturellement, l’envie de se présenter à la face du monde sous un jour favorable.

Mais alors si ça fonctionne si bien quand ces deux-là vont à la rencontre d’autochtones, pour quelle raison est-ce que ça ne marche pas, ou plus, ou en tous cas pas toujours, lorsque ce sont des journalistes qui vont à la rencontre de leurs contemporains ?

Difficile de trouver une réponse. Toutefois, il me semble qu’il y a dans le titre de ce programme et dans la maxime de ses animateurs :

Rien ne sert de courir, il faut partir à poil. 

Matière à réfléchir car être « nus et culottés », ce n’est pas seulement être à poil, c’est aussi et surtout se présenter à l’autre sans oripeaux ni préjugés tout en lui rappelant qu’on est également capable de faire des choses extrêmement audacieuses. 

Audace et dépouillement, et si nous tenions-là Sonia, l’une des clefs de la réconciliation entre les journalistes et leur public… 

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