Bruno Donnet est tombé sur un spot de pub pour des préservatifs Durex, et constate à quel point, dans la publicité, les stéréotypes ont la vie dure…

Vous le savez probablement dès qu’il s’agit d’essayer de nous vendre un truc… à nous, les hommes, la publicité utilise systématiquement la même ficelle : elle vient titiller notre vi-ri-li-té ! Mais attention, elle le fait en prenant grand soin de spéculer, aussi, sur un doute, sur une angoisse qui est sensée nous étreindre de manière permanente: notre capacité à réussir à vous séduire… vous, les femmes.

Ainsi, à la fin des années 80, une pub pour du déodorant qui commençait par une petite musique de film porno, et montrait un type qui, après qu’il se fût copieusement aspergé le torse de déodorant, faisait se pâmer de bonheur une femme, laquelle, venant de renifler son irrésistible odeur, n’avait plus qu’une seule idée en tête : coucher avec lui. C’était caricatural en diable. Ça puait la testostérone et le premier degré. Et le slogan nous disait « Axe, laissez le charme agir ». 

Voilà, le message était donc extrêmement limpide, il sous-entendait : « les gars, séduire une femme c’est pas de la tarte, mais, si vous achetez notre machin, vous allez toutes… les emballer ». Et bien 30 ans plus tard… figurez-vous que rien, absolument rien n’a changé. C’est même pire, car si, il y a 30 ans, la pub nous expliquait que c’était coton de séduire une fille ; aujourd’hui, elle nous affirme qu’il est extrêmement difficile… de la faire jouir !

Allons bon : écoutez donc un peu de quelle façon s’ouvre le spot de pub pour les capotes Durex : « Deux femmes sur trois n’atteignent pas l’orgasme quand elles font l’amour ». Voilà, alors ne me demandez pas d’où vient ce chiffre, y’a pas la moindre source bien entendu, Durex ne s’embarrasse ni d’exactitude, ni de rigueur scientifique, car le problème n’est pas là. Le problème, c’est que la plupart des femmes ne jouissent pas quand elles font l’amour et que « cela doit changer ». 

Et comment Durex s’y prend-elle pour faire changer les choses ? Et bien figurez-vous qu’elle a inventé un truc miraculeux, dont-elle a badigeonné ses capotes : un gel. « Nouveau gel Durex orgasme intense, permet d’intensifier les sensations et d’amplifier le plaisir »

Voilà, alors qu’est-ce que nous dit exactement cette pub et pourquoi est-ce qu’elle est totalement consternante ? 

Et bien elle nous dit, d’abord, que pour faire jouir une femme, il n'y a qu’un moyen : il faut la pénétrer avec un fier phallus ! (Alors je ne sais pas ce que disent les statistiques des gars de chez Durex, mais, il me semble quand même qu’ils ont oublié de s’intéresser à un petit organe, pourtant absolument passionnant… le clitoris). 

Mais passons, car ce que nous dit, surtout, cette pub, c’est que l’orgasme… c’est le graal, le truc qu’il faut absolument atteindre et que, pour ce faire, il suffit de se mettre un peu de poudre de perlimpinpin… autour du machin. En d’autres termes, on trouve dans ce spot de publicité tous les clichés les plus "époufroyables" : de l’injonction à jouir… à faire jouir. En passant par le culte de la performance… et l’obligation de résultat, y compris en matière de plaisir ! On croit rêver. 

Voilà pourquoi on a un peu envie de dire aux pubars de chez Durex : occupez-vous donc de nous protéger des maladies sexuellement transmissibles et des grossesses non désirées, mais lâchez-nous la grappe avec vos injonctions et votre gel à la con, car c’est gênant et comme nous le savons tous parfaitement bien : où y’a du gel… y’a pas forcément du plaisir.

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Dans les publicités pour les préservatifs, les stéréotypes ont la vie dure © Getty / Thanakorn Laowongkhot
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