Ce matin, dans le cadre de « La semaine de la presse à l’école », Bruno Donnet a voulu troquer sa traditionnelle « Semaine médiatique » contre une histoire un peu plus personnelle…

Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui je ne vais pas vous parler d’une bizarrerie que j’ai vu, ou entendu dans le poste, mais plutôt de l’expérience, assez cocasse, qui est arrivée à ma fille.

Figurez-vous que je suis l’heureux papa d’une mouflette qui est en classe de quatrième. Elle est scolarisée dans un collège public, où la plupart des profs font preuve d’un professionnalisme admirable et où, en dépit du manque de moyens et des effectifs auxquels ils sont confrontés, ils ont su garder un enthousiasme… intact. Ainsi, dans le collège de ma môme, la prof d’espagnol s’est dépatouillée pour leur organiser un p’tit voyage à Saragosse et celle qui est en charge de l’option « théâtre » écrit, elle-même, et avec beaucoup de talent, les pièces qu’elle fait jouer aux enfants. 

Toutefois, vous le savez Sonia, depuis lundi, c’est… « La semaine de la presse à l’école ». Vous nous avez racontez, tous les matins, des histoires formidables d’enfants qui, dans leurs écoles ou leurs lycées, fabriquent eux-mêmes des journaux en papier, des studios de radio ou des plateaux de JT.

C’est formidable, hyper nécessaire pour comprendre et maîtriser la fabrique de l’info, mais… mais ça ne se passe pas partout… exactement de la même façon. 

Car savez-vous, chère Sonia, ce qui, dans la classe de ma fille, a été organisé à l’occasion de cette fameuse « Semaine de la presse à l’école » ?

Rien. Absolument rien. Alors ce n’est pas très grave, ça n’a d’ailleurs aucun caractère obligatoire, mais, si j’ai voulu vous parler de ça ce matin, c’est parce que juste avant cette « semaine », leur prof de français leur a fait cours, pendant un mois, très précisément sur… l’information. Et là, accrochez-vous bien, car ce qu’elle leur a présenté touche… au sublime.

Le titre du chapitre était le suivant : « Informer, s’informer, déformer ». Trois verbes très complémentaires, et rangés dans un ordre chronologique… hyper important. 

Seulement voilà, dans la classe de ma fille, le côté « Informer et s’informer » a été assez rapidement balayé car son enseignante avait manifestement plutôt envie d’insister sur… la dé-sin-for-ma-tion. 

Alors comment ça s’est passé ? Et bien voilà, après leur avoir vite fait causé d’Albert Londres, leur prof leur a parlé d’un roman : « Illusions perdues » et conclue que Balzac y montrait, je cite, « le pouvoir et l’absence de scrupule des journalistes». Bien. Ensuite, elle leur a expliqué qu’il fallait… « se méfier de la presse ». Et pour illustrer son propos, et bien elle a choisi de leur montrer deux images retouchée. Deux photos, retouchées. La première montrait… Mussolini, triomphant sur son cheval. Et la deuxième : une pub… pour des bananes, dans laquelle l’image des bananes avait été retravaillée pour les rendre… plus appétissantes. 

Résumons-nous : dans un cours sur l’information, les gosses ont donc eu droit à une image… de propagande fasciste et à une pub ! 

Rien sur le rôle déterminant de la presse qui révèle des scandales sanitaires ou financiers. Rien sur le Médiator ou sur les « Panama Papers ». Rien sur le travail du Canard Enchaîné, grâce aux révélations duquel le président de la république ne s’appelle pas François Fillon. Et pas un mot non plus sur le nombre de journalistes assassinés, retenus en otage ou embastillés un peu partout dans le monde, non pas pour avoir menti, mais pour avoir, tout simplement, eu l’audace d’exercer leur métier.

C’est triste et pour conclure Sonia, je me dois tout de même de vous donner deux informations complémentaires :

1/ Non, ma fille n’est scolarisée ni en Chine, ni en Turquie, mais bien en France.

Et 2/ Je vous ai un peu menti, à l’occasion de « la semaine de la presse à l’école », il ne s’est pas « rien passé » dans la classe de ma gosse. Sa prof de français leur a collé un petit exercice de grammaire. Il fallait souligner dans une phrase les verbes écrits au conditionnel. Je vous lis l’exemple qu’elle a choisi : «  Si tous les journalistes faisaient correctement leur métier, ils ne colporteraient pas de simples rumeurs ». Bonne journée !

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