Cette semaine, sur fond de premier anniversaire des gilets jaunes, Bruno a observé un contraste saisissant entre le temps médiatique et le temps politique…

A la télévision, toute la gamme du temps peut être explorée. Du plus court, au plus long… tout dépend en fait du moment où l’on se situe, de ce que les journalistes ont envie de nous montrer et des moyens dont ils disposent pour travailler. Ainsi, lorsque les chaînes info couvrent une manif’, en direct, elles recherchent avant tout l’émotion. Les 20 heures résument, en 1 minute 30, des faits souvent à sensations, alors qu’un documentaire de 52 minutes offre un temps pour la réflexion.

Alors sur le front des gilets jaunes, depuis un an, des émotions et des images sensationnelles, la télévision nous en a montré des palanquées. Des bagnoles brûlées aux CRS boxés, en passant par les ravages des LBD, les chaînes nous en ont balancé plein les yeux. Seulement voilà, jusqu’ici, la télévision n’avait pas vraiment réfléchi.

Mais, cette semaine, Alléluia, à l’occasion du premier anniversaire du mouvement, elle nous a offert ses tout premiers formats longs. Dimanche, France 5 a donc diffusé un numéro spécial de son épatant « C Politique », pendant que lundi, France 3, programmait un documentaire qui permettait de comprendre, entre autres, pourquoi les femmes étaient aussi nombreuses dans les rangs de ceux qui, depuis 365 jours, tentent d’exprimer leurs grandes difficultés.

Bref, vous m’avez compris, cette semaine la télé est entrée dans un nouveau temps. Un temps plus lent, qui, pour la première fois, a permis de donner du sens à une révolte inédite, dans sa forme. Voilà donc pour le temps médiatique, mais peut-on en dire autant pour le temps politique ?

Eh bien la réponse est malheureusement non et c’est là que se situe le stupéfiant contraste dont je voulais vous parler. Car pendant que la télévision prenait le temps de s’interroger, qu’a-t-on fait cette semaine au sommet de l’Etat ? 

Dimanche, filmé par les caméras de BFM TV, un préfet, dans son grand uniforme d’apparat, s’est autorisé à assimiler une manifestante de la place d’Italie à une casseuse :

« Oui je suis gilet jaune mais pas ce gilet jaune-là. Eh bien nous ne sommes pas dans le même camp Madame ! »

Lundi, le président de la République a amalgamé gilets jaunes et violence :

« trop de voix laissent confondre des idéaux avec le nihilisme de la violence »

Le « nihilisme » étant, vous le savez tous, la recherche de la liberté totale. Tandis qu’hier, interrogé ici même par Nicolas Demorand qui lui faisait remarquer qu’une fois de plus, samedi, un homme avait perdu un œil lors d’un rassemblement, le Premier ministre a préféré mettre l’accent sur les brutalités dont ont été victimes les forces de l’ordre :

« Vous avez vu les images de ces deux policiers, traqués dans une laverie par des gens qui manifestement n’étaient pas là pour dialoguer. C’était pas des gens qui étaient venus là pour manifester… Ma question ne portait pas là-dessus ! Je sais bien mais ma réponse elle, elle porte là-dessus ! »

Voilà, étonnante compilation et saisissant décalage entre une télévision qui, cette semaine, a pris du temps pour essayer de comprendre le malaise de ces gens et un gouvernement qui a utilisé le sien pour les réprimer. Et la démonstration qu’après des mois de « grand débat » on se serait plutôt cru revenu au grand début.

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