Samedi dernier, Bruno Donnet a regardé "Les grands du rire" sur France 3. Et le souci de France Télévisions de produire des programmes toujours moins chers n’a pas franchement que du bon…

Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? 

Voilà très précisément LA question que je n’ai cessé de me poser durant les 90 longues minutes au cours desquelles j’ai, en vain, tenté de comprendre pourquoi France 3 diffusait un machin pareil et surtout quel sens ceux qui le fabriquent avaient voulu lui donner. 

Alors je vous explique : "Les grands du rire", c’est un magazine qui est programmé tous les samedis à 13h30 et qu’Yves Lecoq présente depuis pas loin de trois lustres. A l’origine, c’était un programme qui, comme son nom l’indique, était destiné à nous faire… rire en diffusant des sketchs interprétés par des grands de l’humour. Seulement voilà, samedi dernier, le bidule sur lequel je suis tombé était une sorte d’immense fourre-tout, sans queue ni tête, dont l’unique ambition tenait en cinq syllabes : é-co-no-mi-ser

Je vous raconte ce que j’ai vu, dans quel ordre les séquences se sont enchaînées , et je vous jure sur la tête de Coluche et de Pierre Desproges réunis que tout est rigoureusement vrai. 

Alors voilà, incendie de Notre-Dame oblige, j’imagine, l’émission s’est ouverte avec un extrait de comédie musicale. Allait-on nous parler de la cathédrale ? De Victor Hugo ? L’émission avait-elle choisi de rebondir sur l’actu ? Non. Car immédiatement après Garou, c’est un sketch signé Anne Roumanoff qui nous était proposé, un sketch consacré aux déboires des riches, mais dans lequel le président de la république ne s’appelait pas Emmanuel Macron. 

Et puis, immédiatement après ce passage, montage cut, et bam, un jingle avec écrit plein pot : « les années disco » et une voix off qui disait « L’histoire du disco, une création de quelques producteurs de disques français qui a fait le tour du monde ».

Je vous résume donc le début de l’émission : Notre-Dame, François Hollande et la saga disco.

Bon, alors vous allez me dire : bah c’est pas compliqué mon vieux, ils ont tout bonnement piqué le concept de la radio « Rire et Chansons ». Et bah non ! Parce qu’en plus des gags et des chansons, figurez-vous qu’il y a aussi des interviews dans « Les grands du rire »! Pourquoi ? Et bah parce que ça coûte que dalle à produire. Et des interviews de qui ? De comiques ? De chanteurs ? Non. Samedi, y’avait une petite causette avec un spécialiste… de Bonaparte, et avec Caroline Pigozzi, pour parler de son bouquin consacré… aux présidents de la cinquième république, un livre, comme Yves Lecoq a tenu à le préciser, bien de saison : "On a envie de s’y plonger, c’est un très beau cadeau pour Noël". 

Voilà, alors je rappelle à toutes fins utiles que nous sommes en avril et que cette interview était donc manifestement une redif’, un petit morceau chipé, ni vu ni connu, dans une émission de décembre !

Enfin pour être complet, il faut encore que je vous dise qu’après tout ça, on a aussi eu droit à un p’tit bout de biscotte, extrait de La cage aux folles. Puis à un sketch signé Bernard Mabille : « Alors le gaz va augmenter. Moi ça m’arrange pas, parce que pour tout vous dire, je voulais me séparer de ma femme au prétexte qu’elle pète au lit ». 

Alors où est la cohérence dans tout ça ? 

Quelles grandes valeurs de service public promeut ce programme-là ? 

Et est-on vraiment sûr qu’en 2019 les humoristes font encore rire avec des caricatures d’homosexuels et des histoires de femmes qui pètent ? On ne sait pas. 

Mais LA grande question, c’est surtout de savoir si quelqu’un, à France 3, regarde encore cette émission avant qu’elle ne passe dans le poste. 

Et si la recherche du moindre coût peut suffire à justifier qu’on y diffuse tout. Tout et manifestement… n’importe quoi. 

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