Depuis toujours, notre monde est dirigé par les humains dotés des plus gros ego : se mettre en avant, ne penser qu'à soi, passer devant tout le monde, n'être obsédé que par ses intérêts et sa réussite. Voilà les clés du pouvoir, mais à défaut d'être celles du bonheur qui sont l'apanage des cultivateurs de vertus.

"Bienveilleuses" et "bienveilleurs" face aux injonctions modernes d’égoïsme et de narcissisme
"Bienveilleuses" et "bienveilleurs" face aux injonctions modernes d’égoïsme et de narcissisme © Getty / Klaus Vedfelt

Face au règne du moi-moi et du je-je...

C'est comme ça depuis la nuit des temps, mais le progrès aujourd'hui, c'est que tout le monde peut s'y mettre. Ce n'est plus réservé aux puissants. Nos sociétés modernes et démocratiques proposent maintenant à tous les citoyens de devenir eux aussi narcissiques comme les grands de ce monde, parce que cela fait vendre et consommer davantage. Les pubs et les big data nous incitent à promouvoir notre image et notre singularité. Elles nous encouragent à boursoufler nos égos parce que nous le voulons bien, elles nous poussent à nous mettre en scène pour être admiré et même envié de la façon la plus visible et la plus bruyante possible.

Le tapage du "moi moi", du "je je" a été démultiplié par les réseaux sociaux qui prospèrent sur la promotion des ego

Mais heureusement, nous commençons à prendre la mesure des dégâts. En découvrant, selon la formule de Paul Valéry, que le monde ne vaut que par les extrêmes, mais ne jure que par les moyens, nous réalisons que le bal des ego est pittoresque cinq minutes, mais qu'au bout d'un moment, on n'en peut plus des égoïsmes et des particularismes revendiqués. 

On n'en peut plus du 'moi je' et du 'moi d'abord', on veut de la fraternité, de la douceur, du confort, de la légèreté et du respect mutuel

... Entrent en scène les bienveillantes et les bienveilleurs

Ces personnes qui ne font pas de bruit, mais qui font du bien. Ces humains qui pratiquent dans l'ombre, au sein des familles, des entreprises, des associations, ces vertus communes dont nous parlons aujourd'hui : discrétion, prévenance, loyauté, gratitude, mesure, constance

Comme tout ça ne fait pas de bruit on l'oublie, mais si tout ça n'existait pas, ce serait la cata, comme on dit. Et la vie en société deviendrait impossible, invivable. L'air humain deviendrait irrespirable. Il faut rendre hommage à ces personnes et à leurs vertus discrètes, même si elles ne cherchent pas la lumière, mais le bien commun. Leur rendre hommage de persévérer dans leur rébellion contre un des credo de notre société : l'obsession de la compétition et de l'autopromotion. 

Leur rendre hommage de promouvoir, au contraire, l'entraide et la collaboration. Si quelqu'un a du mal à suivre, on cherche à voir, on s'arrête pour l'aider au lieu de l'abandonner. Si quelqu'un fait ou dit des bêtises, on cherche à voir comment le lui montrer sans l'humilier ; quand on est au dessus, on fait tout pour ne pas faire remarquer ses supériorités, on cultive l'humilité, cette humilité qui ne consiste pas à se rabaisser, mais à ne plus vouloir dominer ou briller. 

On parle beaucoup aujourd'hui de désobéissance civile, désobéir aux lois qui nous semblent injustes. Les bienveilleuses et les bienveilleurs, justement, désobéissent aux injonctions modernes d'égoïsme et de narcissisme et s'obstinent à diffuser dans notre grand corps social malade toutes ces molécules anti égotique, toutes ces petites vertus communes et parfois dénigrées que sont la gentillesse et le souci du bien d'autrui. 

Plus nous serons nombreux à leur ressembler et plus nos vies seront belles

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