Il y a quelques années, nous avions écrit avec mon copain, le dessinateur Muzo, un petit livre illustré sur les casse-pieds, leur psychologie et leur comportement. Nous avions trouvé le titre parfait : « Ne vous laissez plus emmerder ! ».

 Ne vous laissez plus emm...
Ne vous laissez plus emm... © Getty / Eric Audras

Hélas, notre éditeur de l’époque l’a refusé, le trouvant trop osé.  Comme nous sommes de bons petits auteurs bien élevés, nous n’avions pas insisté ; dommage…

Mais avant de parler aujourd’hui des emmerdeurs, j’aimerais bien parler des bienveilleurs : vous savez, toutes les personnes bienveillantes, polies, respectueuses des règles : les propriétaires de chiens qui ramassent leurs crottes ou leur font faire dans le caniveau, les personnes qui tiennent la porte derrière elles, les automobilistes qui freinent pour laisser traverser, en souriant, les piétons dans les clous, les voyageurs qui passent leurs coups de téléphone depuis les plateformes des trains…

Bref, les humains sympa qui font tout pour ne pas casser les pieds aux autres, voire même pensent à les aider !

Ils sont majoritaires, heureusement ! C’est grâce à eux que nos sociétés, que tous les groupes humains sont vivables et agréables. Mais on ne les repère pas, ils œuvrent en silence et n’attirent pas notre attention. Comme dit le proverbe : 

L’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse. 

Et nous sommes plus choqués par un seul comportement incivique que par dix attitudes de discret respect d’autrui. Ouvrons donc un peu mieux les yeux.

Bon, pour autant, les sagouins, et les comportements crétins existent bel et bien. Les personnes qui mettent leur sono à fond sur la plage, les fumeurs qui cancérisent les poumons des non-fumeurs sur les terrasses de café au printemps, les conducteurs qui grillent la priorité ou ceux qui garent leur grosse voiture en double file devant la boulangerie… 

Ou pire encore, les agressifs, les irascibles qui vocifèrent et insultent quand on se trouve en travers de leur chemin, et si on rouspète

Je l’avoue, je ne suis pas très doué pour rectifier les incivilités sur le vif, comme ça, dans la rue, sur les trottoirs, dans le train… J’ai toujours un peu tendance à laisser faire, à me dire que ce n’est pas très grave, que chacun est libre, et sera jugé tôt ou tard pour tout ça, ici-bas ou dans l’au-delà. Mais je sais que j’ai tort, et aussi que ma tolérance, c’est plutôt de la paresse.

Et je sais aussi que tout groupe humain a besoin de s’auto-réguler. Quand un de ses membres casse les pieds des autres ou enfreint une règle importante de savoir-vivre, il est logique qu’il soit remis en place, sans agressivité mais avec fermeté. Et il est important que tout le monde le fasse.

Les chrétiens ont pour cette démarche une belle expression : ils parlent de « correction fraternelle », pour désigner l’attitude que l’on doit avoir envers un de ses semblables qui vient à pécher. L’idéal de correction fraternelle laïque me plaît beaucoup : aller tranquillement vers ceux qui transgressent en leur demandant de cesser. 

Sans les agresser : après tout, ça peut arriver à chacun d’être casse-pieds, ou de commettre une incivilité. 

Mais sans laisser passer : car si nous procédions tous, régulièrement, à de telles corrections fraternelles régulières, nos quotidiens changeraient sans doute en bien. 

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