Quand j’ai vu notre sujet sur la peur programmé, je me suis tout de suite demandé – désolé pour ce petit réflexe égocentrique - quelles étaient les dernières fois où j’avais vraiment ressenti de la peur ?

Pourquoi tant de peurs ?
Pourquoi tant de peurs ? © Getty / Elva Etienne

Pas de l’anxiété, qui est la forme de peur associée à un danger possible ou approchant, non, de la peur, la peeeeeeur !... La vraie, celle qui déboule violemment dans notre corps et notre esprit lorsque le danger est là, le danger pour de vrai, et pas seulement comme une virtualité !

Ce n’est pas si fréquent que ça dans nos vies, la vraie peur

Je me souviens, j’ai senti sa morsure lors d’un accident de rafting, quand notre embarcation s’était renversée et que nous étions tous passés à deux doigts de la noyade, coincés dans l’eau glacée entre courant violent et énormes rochers ; je l’ai sentie aussi lors d’un vol agité en parapente où tout mon corps se raidissait de frayeur à chaque fois que je regardais en dessous de moi (ma prof de parapente d’alors est morte dans un accident deux ans après) ; ou encore lors d’une bagarre de rue imprévue avec des inconnus louches et équipés comme il fallait pour me tuer… Mais à part ça, pas grand-chose, finalement.

Ressentir la vraie, la grande peur, face à un risque mortel, ce n’est pas si fréquent, donc, et tant mieux. En tout cas, ce n’est pas fréquent pour nous autres, occidentaux du XXIe siècle, ayant la chance immense de vivre dans un pays démocratique en paix. 

Par contre, les anxiétés et les inquiétudes, toutes ces petites peurs du quotidien, j’en ai chaque jour, et plusieurs fois par jour même. Mais je ne suis pas seul dans ce cas, et j’ai l’impression qu’un paquet d’humains sont comme moi, même les plus souriants et détendus en apparence, de véritables sacs à peurs…

J´ai peur, sans pouvoir dire
Ce qui me fait trembler,
J´ai peur de faire souffrir
Ceux qui m´ont tout donné,
J´ai peur de voir partir
Mes parents, mes amis,
Et rester seul dans la vie…

C’est vrai que si on utilise le mot peur pour désigner toutes nos inquiétudes, alors on a tout le temps de quoi avoir peur : peur de ne pas s’endormir, peur de ne pas se réveiller à l’heure, peur de tomber malade, peur de REtomber malade, peur de décevoir, peur de faire du mal sans le vouloir, peur d’échouer, peur de ne pas y arriver, peur de vexer ceux qui n’y arrivent pas si nous on y arrive, peur de ne pas être assez généreux, peur de se faire bouffer par les autres

Nous avons peur parce que la vie n’est pas facile, parce que nous y rencontrons beaucoup d’adversités, grandes et petites, mais surtout parce que la vie est incertaine et imprévisible, et que chaque jour nous apporte sa dose de la plus grande des nourritures de la peur : l’incertitude. 

L’incertitude (que va-t-il se passer ? est-ce que je vais rater mon train ? avoir mes examens ? survivre à cette opération ?) est le plus grand carburant de l’anxiété. D’ailleurs, une des maladies anxieuses les plus fréquentes, qu’on appelle l’anxiété généralisée, c’est à dire la capacité à se faire du souci pour tout, est en fait, tout simplement, une allergie à l’incertitude : dès qu’on n’est pas sûr de quelque chose, on angoisse…

Et du coup, à mes yeux, le vrai mystère ce n’est pas « pourquoi les humains sont-ils si anxieux ? », mais plutôt « comment font-ils pour vivre avec toutes ces raisons d’être inquiets et d’avoir peur ? »

Car, étonnamment, nous y survivons plutôt bien, à nos peurs : elles nous meurtrissent régulièrement, elles nous prennent la tête le temps d’une crise d’angoisse ou d’une nuit d’insomnie, puis nous passons à autre chose, nous nous remettons à rire, à agir, à vivre.

C’est pour ça que j’adore l’espèce humaine. Nous sommes les seuls, parmi tous les représentants du monde animal, à clairement savoir que nous allons mourir un jour, que nos proches peuvent disparaître d’un moment à l’autre avant que nous n’ayons pu les revoir, que l’adversité peut nous frapper à tout moment, quand elle le voudra. Et pourtant nous rions, nous créons, nous passons l’essentiel de notre temps à penser à autre chose, et à faire comme si tout cela n’existait pas. Nous arrivons à vivre heureux…Trop fort, les humains !

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