Intéressons de plus près à l’énergie explosive de la colère et des trois étapes de sa régulation. Car face à elle, le meilleur usage, c’est d’en garder l’énergie mais d’en limiter les dérapages, en maitrisant son énervement.

L’énergie de la colère : comment trouver la force de rester calme ?
L’énergie de la colère : comment trouver la force de rester calme ? © Getty / Francesco Carta fotografo

Pourquoi je suis méchant ? Parce que je n’ai pas la force d’être bon

C’est Jules Renard qui note cela dans son Journal, le 9 avril 1894. Il aurait pu écrire aussi : "Pourquoi je suis en colère ? – Parce que je n’ai pas la force de rester calme".

La colère est une émotion à la fois précieuse et dangereuse 

Précieuse car elle est une source d’énergie face aux agressions, aux frustrations, aux injustices. 

Dangereuse car si elle échappe à notre contrôle, elle est une catastrophe personnelle (la colère nous fait vivre un stress énorme) et relationnelle (elle perturbe totalement et durablement toute forme d’échange). 

L’énergie de la colère est donc un peu comme l’énergie nucléaire : efficace mais risquée, avec un risque d’emballement et de perte de contrôle 

La vidange émotionnelle

Tordons tout de suite le cou à un mythe répandu, celui de la vidange émotionnelle : exprimer violemment sa colère, par des cris ou des coups, ne la calme guère, et au contraire peut l’amplifier, jusqu’à la rage. Et faciliter son retour : ainsi, des volontaires qu’on encourage à taper sur un punching-ball ou à tirer au pistolet pour calmer leur colère, vont ensuite réagir avec encore plus de colère à la frustration suivante. 

Donc, face à la colère, le bon usage c’est d’en garder l’énergie mais d’en limiter les dérapages ; en s’occupant par exemple de son début, l’énervement… 

"Annie Cordy : Faut pas t’énerver comme ça... 

Eh ben quoi ? Mais qu'est-ce qui t'arrive ? Mais pourquoi tu t'énerves comme ça ? Mais faut pas t'énerver comme ça ! Faut pas t'énerver comme ça. Si ton amour n'est pas là, Pour te distraire écoute donc cette petite chanson. Elle te f'ra prendre patience Tout en t'changeant les idées. Ce disque a été fait exprès Non ! Blague à part, c'est vrai…"

Ben oui, faut pas s’énerver comme ça ! Et pour cela, mieux vaut intervenir à chacune des trois étapes de la colère : ressentie, exprimée, agie. 

Première étape : la colère ressentie

Qu’il est important d’apprendre à voir naître avant qu’elle ne se mette aux commandes de notre esprit. Sinon toute contradiction deviendra agression : plus de discussion possible ! 

La colère exprimée est la deuxième étape 

Si nous estimons qu’il est légitime d’intervenir dans la situation qui nous met en colère, alors il s’agit de la dire et non la hurler. Exprimer que l’on est en colère préserve le dialogue, se mettre en colère le menace. D’ailleurs, d’un message exprimé avec colère, ce que l’on retient ce n’est pas le message, même pertinent, mais la colère. 

La colère agie : troisième étape 

Prendre une décision, bousculer, insulter sous l’emprise de la colère est une attitude risquée. Nous imposons alors comme seul rapport possible le rapport de force, avec de bonnes chances de déclencher un effet mimétique, et de faire monter en miroir la colère chez nos interlocuteurs... 

Voilà pourquoi, depuis toujours, les sages ont consacré de nombreux écrits à la colère et à sa régulation : la sentir venir, l’accepter au lieu de la nier, capter son énergie pour l’exprimer au lieu de la subir et d’être manipulé par elle. Face à ce qui nous heurte, l’action et la parole sont bonnes ; l’action et la parole inspirées par la colère peuvent l’être ; mais très rarement l’action et la parole sous l’emprise de la colère...

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