Christophe André revient sur l'importance de notre dialogue intérieur, et la méthode idéale pour conduire à un "moi" en pleine forme, nageant dans le bonheur. Cela commence par bien se connaître, bien se traiter et puis, surtout, régulièrement, s'oublier en laissant l'autre nous guider.

Entre connaissance, bienveillance et oubli de soi ou comment être pleinement libre et heureux
Entre connaissance, bienveillance et oubli de soi ou comment être pleinement libre et heureux © Getty / Tim Robberts

La connaissance de soi

Maître cerveau sur son homme perché, tenait dans ses plis son mystère

J'aime bien cette phrase de Paul Valéry. 

En tant que psychiatre, j'aurais passé une bonne partie de ma vie à aider mes patients à explorer les mystères de leur cerveau et de leur personnalité et de leurs souffrances pour leur permettre de vivre mieux. 

Depuis Socrate et son "Connais toi toi-même" la connaissance de soi est considérée comme un socle indispensable à notre accomplissement. 

Se connaître, même de manière imparfaite, c'est un des moyens de savoir comment se rapprocher de ce qui nous rend libres et heureux

Mais il n'y a pas que la connaissance de soi. 

La bienveillance envers soi 

À quoi bon mieux se connaître si c'est pour mieux se maltraiter ? À quoi bon connaître ses défauts et ses faiblesses si c'est pour toujours se reprocher. 

C'est Montaigne qui parlait de "l'amitié que chacun se doit". Cette amitié pour soi n'est pas de la complaisance, car on peut et on doit se montrer exigeant avec ses amis et donc avec soi-même. 

Être son propre ami signifie associer connaissance de soi et bienveillance pour soi

On y est presque, mais le travail n'est pas terminé. 1) Connaissance de soi ? Merci, Socrate ; 2) Bienveillance pour soi ? Merci Michel de Montaigne. 

Il nous reste un dernier petit effort à accomplir avec un troisième maître à penser :

L'oubli de soi

C'est important pour aller bien, car finalement, se connaître, s'apprécier, à quoi bon si c'est pour rester à faire des ronds narcissiques autour de son petit nombril ? On définit parfois la santé comme la vie dans le silence des organes. D'une certaine façon, la santé de l'ego se reconnaît en grande partie à l'oubli de soi. L'ego, c'est comme un moteur de frigo, on lui demande de faire son boulot, mais dans la discrétion, sans bruit. L'ego, c'est aussi comme un vélo, on lui demande de nous faire traverser le monde et la vie, mais sans que la roue crève sans cesse ni que les freins grincent ou coincent. 

Je vais bien, si, quand je rencontre d'autres personnes, je ne me demande pas qu'est-ce qu'ils pensent de moi ? Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir apprendre d'eux ? 

Je vais bien quand, dans une discussion, je prends plus de plaisir à écouter qu'à parler.

Je vais bien si je suis encore plus heureux de donner que de recevoir

C'est la séquence idéale d'un moi en pleine forme : bien se connaître, bien se traiter et puis régulièrement, s'oublier. 

C'est du boulot, foi de psychiatre. Le boulot d'une vie, sans doute, comme le rappelle à nouveau Paul Valéry : 

Je me suis rarement perdu de vue. Je me suis détesté, je me suis adoré. Puis nous avons vieillis ensemble

Laisser tomber adoration et détestation ! S'oublier souvent sans se perdre de vue trop longtemps. Ce sera notre programme du jour ou de la semaine, du mois, ou de toute notre vie. Allez, on peut aussi prendre son temps pour progresser.

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