« Nous parlerons d’Orient et d’Occident, de mon beau-père et d’hélicoptère, et des maîtres et maîtresses de sagesse... »

En cet automne 2020, on vit vraiment une drôle de période, une période un peu folle, qui nous pousse à des réactions qui le sont tout autant : énervements et abattements, frustrations et incompréhensions, rouspétances et incohérences.... Bref, nous aurions bien besoin d’un peu de sagesse !

Quand on parle de sagesse, on cède souvent à deux stéréotypes. 

Le premier est de penser tout de suite à un vieux monsieur barbu, figure traditionnelle du sage. Mais nous devrions moderniser un peu nos stéréotypes sur la sagesse : il y a aussi des femmes sages ! 

Et puis, il y a un autre stéréotype : la sagesse comme une tradition orientale. Fermez les yeux, et rêvez un peu : vous entrez dans un monastère mystérieux et exotique, vous marchez lentement sur une allée cheminant entre 2 jardins zen, et tout au fond vous apercevez, assis en lotus, un vieux maître ou une antique maîtresse, au beau visage impassible, qui vous attend pour vous initier à la sagesse... 

Ça donne envie... Mais inutile de prendre l’avion pour chercher au loin, les figures de sagesse se retrouvent en tous lieux, et notamment en Occident !

Ainsi nous parlons aujourd’hui de Montaigne, qui fut, en Dordogne et en son temps, un homme sage et prudent, dont les propos peuvent nous aider aujourd’hui encore. Car un humain qui écrit (Essais III, 8, De l’art de converser) : « Quand on me contredit, on éveille mon attention et non pas ma colère » a beaucoup à apprendre à ses semblables ! Je répète, parce que les phrases de sagesse, il faut les répéter : « Quand on me contredit, on éveille mon attention et non pas ma colère ».

Mon beau-père, lui aussi, était pour moi un modèle de sagesse au quotidien, avec une incroyable capacité à extraire du bonheur de tous les moments de sa vie, même des instants peu réjouissants à première vue. 

Ayant fait un jour, dans sa maison reculée du Pays Basque, une grave chute sur le crâne, suivie d’une hémorragie, il avait dû être évacué par hélicoptère vers l’hôpital de Bayonne, où examens et soins lui furent prodigués. Lorsqu’il nous téléphona le soir venu, pour nous raconter ses aventures, il ne parla pas un instant de ses peurs ni de ses vingt points de suture ! Mais de la compétence et de la bienveillance des soignants, et des pompiers ; de son incroyable voyage en hélicoptère, qui l’avait enchanté ; et de la chance qui avait été la sienne. Il donnait toujours la priorité à tout ce qui pouvait aider à mieux vivre, à rendre l’existence plus belle. C’était sa sagesse à lui.

Notre invité d’aujourd’hui, André Comte-Sponville, pour qui j’ai grande estime et affection, a un jour défini la sagesse ainsi : « Le maximum de bonheur dans le maximum de lucidité ». Mon beau-père, qui aimait le genre humain, aurait parlé du « maximum de bonheur dans le maximum de générosité ». Alors, additionons les deux, et nous aurons la formule de sagesse idéale : « le maximum de bonheur dans le maximum de lucidité et de générosité » !

Je suis sûr qu’elle aurait plu à Montaigne !

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