Il y a certainement des bienfaits au négatif. Il y a évidemment une sagesse du malheur et de l'adversité. Savoir l'admettre, savoir s'en nourrir et essayer de s'en instruire et forcés d'y survivre, et puis aussi se battre contre elle.

Les bienfaits et la sagesse de l'adversité
Les bienfaits et la sagesse de l'adversité © Getty / PM Images

"Quand je passe des jours et des jours au milieu de textes où il n'est question que de quiétude, de contemplation, de renoncement, il arrive que l'envie me prenne de sortir dans la rue et de casser la gueule au premier passant". 

Voilà ce que notait à un jour le moraliste Émil Cioran, dans son journal. 

Eh oui, les humains sont ainsi faits que l'excès de Yin, leur donne envie de Yang. Trop de sucre donne envie de sel ; trop de soleil donne envie de pluie ; trop de tendresse donne envie de rudesse ; trop manger donne envie de jeûner et trop de positif donne envie de négatif…

Quand mes filles étaient petites, je leur proposais, chaque année pour leur anniversaire, de passer une journée entière ensemble en tête à tête, papa, fillettes, à faire ce qu'elles souhaitaient. Du coup, devinez un peu, je me retrouvais chaque année à Eurodisney. C'est ce qu'elles me réclamaient. Une journée chez Mickey. Bon ces journées restent à ma mémoire de très bon et très joyeux souvenirs. C'était vraiment bien d'être ensemble, en tête à tête, de déambuler, baigner dans les sourires, les émerveillements, la bonne humeur, accompagnée en permanence d'une délicieuse et sirupeuse musique.

En fin de journée, on avait passé un délicieux moment ensemble, mais j'avais, après cette surexposition au barbapapas et Coca-Cola, un monde enchanté, une envie féroce de manger du saucisson, de boire du vin rouge, de dire des gros mots et de donner des coups de pied dans les poubelles. 

J'avais envie de retourner dans la vraie vie, celle où il y a de l'adversité et celle où on se frotte au réel et où ça écorche un peu parfois

La vraie vie, celle où on n'a pas le choix, celle où le négatif nous rattrape toujours sans qu'on ait besoin de l'appeler de ses vœux pour tester ses bienfaits. L'adversité, c'est le loyer de la vie. Que faire d'autre que l'affronter et l'accepter ? Et puis s'en dépatouiller, puis de revenir de notre mieux vers le bonheur. 

Personnellement, j'aimerais mieux ne pas avoir à me réjouir des bienfaits du négatif. J'aimerais mieux savoir que l'adversité, les épreuves existent sans avoir à les vivre. J'aimerais mieux que les gens que j'aime ne tombent pas malades, ne soient pas malheureux, ne souffrent pas, ne meurent pas. Voilà ce que je voudrais. Mais ça ne marche pas comme ça une vie humaine. Il y a certainement des bienfaits au négatif. Il y a évidemment une sagesse du malheur et de l'adversité. Savoir l'admettre, savoir s'en nourrir et essayer de s'en instruire et forcés d'y survivre, et puis aussi se battre contre elle. Mais je préfère la sagesse du bonheur à savourer, lorsqu'ils passent, pour se préparer aux jours mauvais

Cette sagesse du bonheur n'est pas si facile et si évidente qu'elle en a l'air. C'est l'auteur grec Xénophon, dans son traité d'éducation intitulé Siropédie, qui notait ceci il y a presque 2500 ans : "il est plus difficile de rencontrer un homme ou un humain sachant supporter le bonheur que le malheur". La difficulté à supporter le bonheur ou même l'évocation du bonheur, c'était peut-être le cas de Cioran, à qui les textes de sérénité donnait envie de sortir dans la rue, distribuer des claques aux passants. 

Pour ma part, c'est à force de subir chaque jour des flots de nouvelles et d'informations où il n'est question que de violence, de mort, de pandémie, d'attentat, d'injustices, que l'envie me prend parfois de sortir dans la rue et de serrer dans mes bras tous les humains qui passen

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