"À l'égard de toute chose, il est possible de se procurer la sécurité. Mais à cause de la mort, nous, les humains, habitons une cité sans murailles". Épicure, contrairement à l'idée reçue, n'enseignait pas tant l'art de se faire plaisir que celui de bien vivre face à la douleur et à la mort.

Réflexions philosophiques sur le réconfort après un deuil
Réflexions philosophiques sur le réconfort après un deuil © Getty / ThomasVogel

"Vivre, c'est perdre", écrivait un autre philosophe dont j'ai oublié le nom et "vivre longtemps, c'est être sûr de vivre de nombreux deuils, de voir partir beaucoup de proches, de connaissances, de célébrités". 

Pour ma part, j'ai compris que j'avais pris de l'âge le jour où je me suis aperçu que, quand j'apprenais la mort d'une personnalité, je calculais aussitôt son âge pour voir quel était l'écart avec moi. 

Beaucoup de deuils, donc, proches ou lointains, et donc chagrin, tristesse. Alors, pour que ce ne soit pas trop lourd à porter, nous avons deux options : 

  • La première est de ne pas y penser, de s'efforcer d'oublier. Mais en procédant ainsi, nous nous amputons d'une part de nous-mêmes, nous effaçons avec la tristesse, le souvenir des bonheurs partagés avec les disparus ; 
  • La seconde option est de continuer à rester en lien. La personne est morte, mais de notre mieux, nous gardons le lien vivant

C'est le poète Christian Bobin qui m'avait un jour éclairé en écrivant ceci : "Je me demande où tu es, le cimetière, la terre, le cercueil, cela ne me suffit pas comme réponse". 

Et moi non plus, ça ne m'a jamais suffit. Alors il nous reste les histoires qu'on se raconte, les illusions réconfortantes. Quand mon meilleur ami est mort, j'ai passé longtemps à me dire qu'il était toujours là, à côté de moi. Des années à lui dédier à peu près tous les instants de ma vie, à lui parler en cachette, à voix basse. Ça, c'est pour toi que je le vis. Ça, c'est avec toi que je le partage. Un vrai fou. Heureusement, personne ne s'en apercevait. 

Mais les plus belles des illusions qui réconfortent, ce sont peut-être les paréidolies, ces phénomènes qui poussent notre cerveau à trouver un sens à ce qu'il a sous les yeux. C'est à cause des paréidolies que nous voyons des formes dans les nuages, par exemple, ou dans les motifs d'un tissu ou d'un parquet. Avant sa mort, il y a exactement dix ans, David Servan-Schreiber, le psychiatre visionnaire qui popularisa en France les oméga 3 et l'alimentation anti-cancer demandait à ses enfants de penser à lui lorsque le vent d'été caresserait leur visage et leur disait "c'est moi qui serait avec vous à cet instant en train de vous embrasser". 

Sentir les disparus à nos côtés et bienveillants, se dire qu'ils continuent de nous aider et de nous aimer, c'est réconfortant. On sait qu'on se raconte sans doute des histoires. Pas grave si ça nous fait du bien et si ça reste notre choix et notre secret. 

Voici Bobin encore à ce propos : "Hier, j'ai vu ta tombe, pas celle où on t'a mise celle-là je l'ai vue aussi, mais celle dont tu sors sans arrêt en souriant hier. Tu étais momentanément installée dans un bouquet de myosotis, un peu plus tard, je t'ai deviné dans les fantaisies de la pluie sur l'autoroute, et quand j’ai poussé la porte de l’appartement tu étais déjà là, dans le silence d’une fin de jour". 

Oui, moi j'aime ça, les illusions qui nous console. Et puis qui peuvent nous prouver finalement que ce ne sont que des illusions ? 

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