Vous avez entrepris un exercice très difficile : écrire, non pas votre père, mais son absence. Dire un vide. Dire un blanc, un silence. Car votre père était, je cite, « même pas un huitième de père, quelques miettes, une pincée de papa. »

C'était un homme effacé, rentré dans lui, qui était sourd – comme s'il s'était transformé en ce que ses oreilles lui renvoyaient : je n'entends que du silence ? Alors je deviens un silence. Comme si sa vie, sa présence au monde, avait pris la forme de sa surdité. 

 « Incapable de m'entendre, il s'abstenait aussi de me regarder vivre », dites-vous, et par exemple, l'année du bac, il vous pose une seule question : « Tu réussiras ? » Vous répondez d'un hochement de tête. Il se replonge dans le journal. Fin de l'échange annuel. 

Vous devez donc écrire un mystère. Nathalie Sarraute avait intitulé un de ses livres Portrait d'un inconnu, c'est exactement cela. 

Votre équipement est mince : quelques images, et surtout beaucoup de points d'interrogation, notamment : qu'est-ce que faisait ce père encadré par deux guestapistes qui l'emmènent dans une voiture noire, en 1943, une séquence que vous découvrez par hasard dans un film et qui ouvre le livre. 

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