Une drôle d'histoire, c'est le récit autobiographique d'une supercherie que Line Renaud n'a pas vue venir, et qu'elle raconte avec Bernard Stora.

Line Renaud
Line Renaud © Maxppp / Max Rosereau

L’actualité, c’est bien sûr le livre de notre invitée, Line Renaud, Une drôle d’histoire, c’est le titre, écrit avec Bernard Stora.

Vous écrivez à la première personne, c’est autobiographique, et vous racontez donc comment une jeune fan, bien sous tous rapports, s’est révélée mythomane et dangereuse. Et aussi comment vous n’avez rien vu venir ! En d’autres termes, votre livre décortique autant le principe de la supercherie que celui de la crédulité.

Commençons par la supercherie. Elle est parfaite. Elle s’appelle Jenniyfer, elle a 17 ans, sérieuse, sage, un petit chemisier à col rond… Personne, dans la vie, ne se méfie d’une fille qui porte un chemisier à col rond !

Et c’est un tort, car le menteur ou la menteuse s’arrange toujours pour inspirer confiance. Dans un livre qui s’appelle D’après une histoire vraie, de Delphine de Vigan, et qui raconte aussi une intrusion, le personnage de L. déploie des trésors de séduction pour cerner la narratrice, qui lui ouvre grand sa vie – C’est un principe : les voleurs de vie ne forcent jamais les portes, ils s’arrangent pour en obtenir les clés.

Et ils le font avec un naturel d’autant plus glaçant qu’ils n’ont pas conscience de mentir.

Le ou la mythomane abuse autant lui-même que sa victime.

Ce qui explique des faits divers incroyables, comme celui de Jean Claude Romand, qui a pu mentir pendant 18 ans à sa famille et à ses proches en se faisant passer pour un médecin. Et dans le livre L’Adversaire, l’écrivain Emmanuel Carrère montre comment Jean Claude Romand peut apprendre par cœur des polycopiés pour tenir une discussion avec un vrai médecin, aborder des sujets pointus, enkyster le mensonge.

Autre condition pour que la magie noire opère, je vous cite : « le mythomane crée un personnage autour duquel s’élabore un roman. A partir de cet instant, ce n‘est plus l’imaginaire qui s’adapte à la vie, mais la vie qui, par une succession inouïe de hasards, de coincidences ou de quiproquos, s’adapte à l’imaginaire. »

Et c’est ce qui se passe quand la banquière de Jenny, que votre notaire essaie d’appeler, n’est pas là en ce moment … C’est ce qui s’est passé aussi pour Jean Claude Romand, quand personne n’a eu l’idée de vérifier s’il y avait vraiment son nom sur les listes d’admission en médecine.

A ce moment là, oui, on peut le dire :

le réel semble s’adapter au mensonge, il est vaincu par le mensonge.

Bien sûr, je l’ai dit au début, tout ceci n’est possible que si la proie est crédule. Vous avez l’honnêteté de vous demander : mais comment se fait-il que je n’ai rien vu ? Et en fait, si, vous avez vu. Mais vous n’avez pas voulu savoir, ce qui est différent.

D’abord, vous étiez fragile psychologiquement et physiquement ; Ensuite, la mécanique d’un encerclement repose sur des ressorts inconscients : Jenny, au fond, c’est cette jeune fille que vous n’avez jamais été : elle est sage – vous, vous étiez surnommée « la commandante » ; elle est riche, vous ne venez pas d’un milieu riche ; elle fait des études supérieures, les vôtres se ont arrêtées au brevet, et vous dites que vous êtes toujours un peu admirative pour ceux qui en font.

Et c’est vous qui avez le mot de la fin, quand vous écrivez :

En fait, nous voulions y croire. Jenny nous racontait une belle histoire

C’est magnifique, parce que ce ressort que vous avouez, sous-tend toute notre humanité : c’est l’enfance, quand on croit aux contes, c’est les amoureux qui s’aveuglent, c’est le lecteur face au roman : croire aux mensonges, c’est s’accorder la joie de l’illusion. Et ça, c’est humain.

Je vous redonne les références : Une drôle d’histoire de Line Renaud avec Bernard Stora est publié chez Robert Laffont

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