Clara Dupont-Monod revient aujourd'hui sur cette littérature qui adore les frondeuses paisibles.

L’actualité, c’est aussi Angela Merkel qui a invité mardi les grosses pointures de l’économie mondiale à résister aux protectionnismes, implicitement à résister donc à Donald Trump qui ne jure que par le protectionnisme.

Avec Penelope Fillon, Merkel est LA figure romanesque la plus forte de ces dernières années. Pourquoi ? Mais c’est très simple : Penelope Fillon, pour sa vaillance galloise, pour son mélange si médiéval de pudeur et d’armure, semble sortir d’un roman du roi Arthur;

Et Angela Merkel, répond à la figure si glam’ et si redoutée, j’ai nommée la frondeuse paisible.

La littérature adore les frondeuses paisibles. C’est George Sand, qui couche avec qui elle veut, adopte un prénom d’homme, et qui, à cinquante ans, s’éveille dans les bras d’Alexandre Manceau, de 13 ans son cadet. Pendant plus d’une décennie, il lui servira d’amant et de secrétaire, et c’est lui qui tiendra à jour l’agenda du couple, et très souvent il commence la page par : « Madame va bien. »

Comme son nom l’indique, la frondeuse paisible renverse la table, bouscule l’ordre établi avec un calme olympien – c’est Louise Michel sous prozac, Wonder Woman en pyjama pilou. La révolution ? C’est tellement naturel que ce n’est pas la peine de gesticuler.

D’ailleurs, quand Catherine Millet, autre frondeuse paisible, explose les cadres avec son livre La Vie sexuelle de Catherine M., elle n’en fait pas tout un plat : elle explique qu’elle fait l’amour comme elle respire, c’est naturel, ça met le feu à la culture, mais elle, elle ne voit pas où est le problème.

Et Mathilde non plus. Mathilde, c’est l’héroïne de Il était combien de fois, de Hélène Couturier. C’est un livre exquis, qui tord le cou aux contes de fées : il était une fois, non, il était combien de fois, car le prince charmant, pardon mais ça se trouve à tous les coins de rues mal famées que Mathilde affectionne.

Elle a cinquante ans, l’âge où on devrait être sage, l’âge de la maturité, mais non : Mathilde, elle adore la fête, la drogue et les jeunots.

Elle a un principe, je cite : « je couche toujours le premier soir mais jamais une seule fois », et aussi : « je n’ai pas la sensation de refuser le vieillissement mais au contraire, de l’exploiter au maximum. Jamais, à trente ans, je ne me suis allouée autant de libertés. » Pan dans la face des jeunistes !

Elle aime donc la débauche avec un naturel confondant, comme toutes les frondeuse paisibles, même si, forcément, son mari apprécie moins.

D’ailleurs il la quitte, mais Mathilde, c’est la Angela Merkel du couple, elle campe sur ses positions, sans jamais s’énerver, et continue à ne pas dire « infidélité », mais « monogamie sérielle ».

Emile Zola aurait détesté un personnage pareil, c’est l’anti Gervaise, de l’Assommoir: Mathilde ne subit rien, ce n’est pas le sort qui décide de sa vie, pas non plus le déterminisme social, non, c’est elle.

Son mari l’a quittée ? Bon, ben elle va voir si son dealer n’a pas quelques pastilles. Elle a cinquante ans ? Bon ben elle passe la nuit avec un musicien de vingt ans qui s’appelle Valentin. Elle vieillira seule ? Bon ben elle va voir s’il n’y a pas une super fête dans le café en bas de chez elle.

On ne répètera jamais le bien que fait la littérature à la condition des femmes. Parce que mine de rien, ces frondeuses paisibles, en politique comme en littérature, chahutent autant les clichés qu’une révolution bien sentie.

Je vous redonne les références : _Il était combien de fois, d’_Helene Couturier, est paru au dilettante.

Ce n’est pas Catherine Millet qui dira le contraire : dans La vie Sexuelle de Catherine M., elle fait l’amour comme elle respire, et tant pis si ça ne plaît pas aux bonnes vertus grisonnantes. Le cap quinqua, c’est parfois très chaud !

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