Clara Dupont-Monod s'intéresse aujourd'hui à "Mes petits chéris, lettres inédites et délicieuses à ses enfants", de Rudyard Kipling.

L'actualité, c'est aussi la violence de cette campagne politique, violence qui par son excès, valorise son inverse : la violence crée le besoin d'innocence.

Non non, n'ayez pas honte de l'avouer, nous en avons assez des discours à double fonds, des promesses réversibles, des actes en contradiction avec les dires, nous voulons de l'innocence.

Vous savez, une société, c'est comme les dauphins : elle s'exprime parfois par ultrasons. Or, s'il y en a une qui perçoit les ultrasons d'une société, c'est bien la littérature. Justement, elle a saisi ce besoin d'innocence, et c'est pourquoi, elle nous dégaine ce jour un livre frais, heureux, désinteressé : Mes petits chéris, lettres inédites et délicieuses à ses enfants, de Rudyard Kipling.

C'est celui qui a écrit le livre de la jungle, c'est vous dire le bonhomme, c'est le boss.

Ce monument a a eu trois enfants. La première, sa préférée, s'appelait Josephine. En janvier 1899, sur un paquebot, alors qu'elle a sept ans, elle tombe malade, en même temps que son père. Lui s'en sort, pas sa fille, et Rudyard l'aimait tellement qu'on ne lui a pas annoncé sa mort tout de suite, par peur de sa réaction.

Il lui en resta deux : John et Elsie. C'est à eux que sont adressées ces lettres. Rudyard Kipling signe « ton Papou » « Ton papa supérieurement affectueux » ou, j'adore, « Père Docile. »

Je rappelle qu'à l'époque, on est au tout début du 20eme siècle, dans les familles bourgeoises, ça ne se fait pas. On ne montre pas, on n'écrit pas son affection comme ça, on se tient. D'ailleurs Kipling lui-même a peu vu ses parents, il a été expédié en Angleterre tout seul, dans une famille maltraitante, pendant que ses parents étaient en Inde...

Et du coup, il a pris le contrepied. Il donne à ses enfants – surtout qu'il sait que ça peut s'arrêter, il se souvient de Joséphine.

Alors il leur envoie des dessins. Il fait parler son stylo. Il écrit en majuscules : « ça me prend beaucoup plus de temps, sois gentil de me dire lequel des deux styles d'écriture tu préfères. » Il décide de mettre des accents partout, des aigus, des graves, des trémas, c'est limite illisible, il demande : « ils sont mignons non ? » Il donne des règles de vie à sa fille :

« N'arrête jamais un bus avec ton pied », ou bien, et on pourrait la crorie adressée aux Balkany : « sois gentille avec les policiers. On ne sait jamais quand on peut être embarqué. »

Surtout, Kipling laisse s'exprimer l'enfant en lui. Un enfant qu'il a su protéger contre le désespoir quand il était hebergé dans la famille maltraitante, et qui s'ébroue au contact de ses enfants à lui. Par exemple, Kipling a eu le Prix Nobel de littérature, – ce n'est pas rien, surtout à l'époque où on ne le donnait pas à des chanteur qui s'en foutent.

Mais il raconte l'arrivée à Stockolm, les honneurs, la réception, et c'est désopilant. Parce qu'il voit ça, il vit ça, comme un gosse !

Le roi de Suède vient de mourir. Donc on vient dire à Kipling, avec des mines d'enterrement, que, ben, parce uqe le pays est en deuil, les cérémonies seront écourtées, on n'en fera pas des tonnes. Kipling : « en apprenant cette nouvelle, j'ai pris l'air grave et triste qui s'imposait mais j'étais tres content d'échapper au aux discours et au banquets. » Il ajoute : « Bon mais demain, on me donnera un tas d'argent. » Il monte dans un carosse, il s'éclate – autour de lui, tout le pays est en noir, les boutiques sont fermées, mais il s'éclate-, il appelle le président du jury, « le maître d'école », et il se compare à « un sale gosse ». Ce qu'est tout génie ! Regardez Albert Einstein... On a tendance à l'oublier, mais le grand homme abrite toujours en lui un tout petit homme, un môme ingérable.

Et ce faisant, je cite la préface, « il délivre à ses enfants un précieux enseignement en désacralisant les affaires sérieuses des adultes » : je vous signale qu'ici, dans cette émission, on ne fait pas autre chose... Nous sommes tous des enfants de Kipling !

Je vous redonnes les références : Mes petits chéris, lettres inédites et délicieuses à ses enfants, de Rudyard Kipling

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