La chronique littéraire de Clara Dupont-Monod évoque aujourd'hui un ouvrage sur l'art de la discussion.

L'actualité, c'est bien sûr le face à face, Macron / Le Pen. Maintenant, la vraie question, qui est dans toutes les têtes, c'est : à quoi ressemblera la conversation qu'auront ces adversaires ?

Car ils se parleront forcément, durant cette semaine, ou à l'issue du second tour. Et que pourront ils bien se dire ? Ils vont pas parler de la météo, on est d'accord, ni choisir des formules plates – le duel demande quand même un minimum de savoir vivre.

Heureusement, un livre tombe à point nommé, comme toujours, qui s'appelle "Trêve de bavardages". Il est signé Fanny Auger et il réhabilite l'art de la conversation.

Parce que la conversation n'est pas un entretien, qui cherche à sonder ; elle n'est pas non plus un discours, qui cherche à convaincre ; et encore moins une discussion, qui cherche le débat.

Non, la conversation, écrit Fanny Auger, c'est, je cite, « une aventure : un voyage pour lequel nous partons léger, mais qui à l'arrivée, nous rend plus riches ».

Il faut partir ouvert, bienveillant, curieux, et vous voyez où l'autre vous emmène, au gré de la parole, c'est un hymne à l'altérité.

D'ailleurs l'auteur a longtemps vécu à l'étranger, et ce qui lui a le plus manqué, ce sont, je cite, « ces conversations à la française, car notre pays, plus que tout autre, a érigé la conversation en art, et en identité ».

Et en effet, madame de Stael a écrit : « les Français sont presque seuls capables de ce genre d'entretien. C'est un exercice dangereux mais piquant ». Et les salons, nés chez les grandes dames des 17 et 18eme siècle, n'admettaient que les gens, je cite encore madame de Stael, « de grâce, de goût et de gaieté ».

Le livre rappelle qu'il y avait des règles, dans ces salons : flatterie et vulgarité interdite, ainsi que l'arrogance et la véhémence.

La similitude ennuie tout le monde, ne pas être d'accord est chose bienvenue, à condition de rester respectueux - vous admettrez qu'on est quand même très loin de Facebook, Twitter et compagnie, qui pourtant, promettent des conversations et des amis.

Et puis, dans ces salons, il y a des thèmes : on parle de l'instruction des femmes, d’éthique, de science, ou de limites du mariage : c'est à dire que sous des apparences badines et courtoises, ben juste, on fait avancer le monde !

Alors pour revenir à aujourd'hui : comment amorcer une conversation ?

Eh bien, il y a certaines questions à bannir. Oubliez « quoi de neuf ? », ou « ça va ? », qui ne mènera à rien.

La pire question reste néanmoins l’horrible: « Vous faites quoi dans la vie ? ». D'abord les chômeurs et les retraités ne se sentiront pas valorisés, ensuite, ce qu'on fait n'a souvent rien à voir avec ce qu'on est. Ce n'est pas pour rien que les Italiens disent « faccio », « je fais la secrétaire/ le médecin/ l'humoriste/» plutôt que « je suis ».

Ce livre liste les premières questions d'une conversation selon les pays. A Dubaï, on ne vous demande pas « vous faites quoi dans la vie ? » mais « d'où venez-vous ? » ; au Japon, « quel âge avez vous ? » ; au Liban « quel est votre nom de famille ? » ; j'ajoute que GuillaumeMeuricie c'est : « êtes-vous un salaud de riche ? » et en Wizorekie, « t'es dispo ? »

En parlant de Wizorek : une conversation, ça se termine. Il y a un art de clore la conversation. Éviter d'être brusquement agressif, de se lever au milieu d'une phrase ou de feindre une crise d'asthme, ben oui mais les Anglais disent encore « to take a french leave », « prendre un congé français », cad : partir en toute grossièreté... Donc, non, Emmanuel Macron, ne crachez pas subitement « tu vas crever broyé par les urnes, vérole », ça n'est pas une façon de finir une conversation, il faut juste un peu d'élégance et se souvenir de la phrase de Churchill : « le tact est la capacité de dire à quelqu'un d'aller en enfer de telle manière qu'il attende le voyage avec impatience. »

Je vous redonne les références : "Trêve de bavardage", par Fanny Auger aux Editions Kero.

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