L’actualité, c’est le livre de notre invité, Gaetan Roussel, "Dire au revoir", qui n’a pas été écrit pour Bruno le Roux, contrairement à ce qu’on pourrait croire.

Qui n’est pas préfacé par Manuel Valls non plus, mais qui aurait pu, puisque vos nouvelles, Gaétan Roussel, parlent toutes de l’au-revoir.

En général, la littérature préfère l’adieu à l’au-revoir. L’adieu a une tessiture plus dramatique, c’est Anna Karénine qui se jette sous un train, Emma Bovary qui prend son poison, Lara qui laisse Youri devant un traîneau, dans le docteur Jivago. Mais disons que de façon générale, l’adieu suppose le définitif, tandis que l’au revoir promet l’éphémère : dans « au revoir », il y a revoir, dit d’ailleurs l’un de vos personnages, Gaétan Roussel, celui qui part à la retraite, et qui est bien triste à l’idée qu’il reverra tous ses collègues, il préférerait leur dire adieu.

Des au-revoir silencieux

Mais tous vos personnages, à un moment ou à un autre, doivent se séparer. Et pas forcément de quelqu’un : on se sépare de sa mémoire – vous écrivez sur un fleuriste tombé malade et qui lentement, oublie les noms de ses fleurs. On se sépare aussi d’un métier, d’une maison, ou parfois, d’un passé. En tout cas, ça ne fait pas de bruit. Toutes vos nouvelles mettent en scène des au-revoir silencieux, sans drame, vous avez le divorce plutôt doux et le deuil assez serein. Je vous prends un exemple : il y a une jolie nouvelle d’un homme en voyage, qui envoie des messages à sa fiancée. Elle s’appelle Camille, et elle ne répond à aucun de ses messages. Ce que nous lisons, ce sont les mails successifs du monsieur, depuis sa tablette ou son téléphone, et kesskil est calme !!! La dernière phrase, c’est :

Ma Camille, tu aurais au moins pu me dire au-revoir…

Dans la même situation, nous tous autour de cette table, on aurait fracassé la tablette, pris un avion retour, on se serait fait un ulcère ! Sauf Manoukian, qui se serait vite remis, mais cet homme, on le sent, n’est pas André Manoukian, et il digère l’abandon. Et c’est ça le charme particulier de vos nouvelles : les choses sont acceptées. Personne ne s’insurge contre la fin, alors que le genre humain déteste l’achevé, Est en général paralysé de peur devant l’idée de quitter, d’être quitté, de finir – il y a un livre magnifique de Laurent Mauvignier que je vous recommande, avec ce titre : « Apprendre à finir ».

Des au-revoir pour toujours

Vos personnages, ils ont appris. Dans l’une de vos nouvelles, un homme passe une nuit avec une femme, il est en extase, et il sait qu’au petit matin, elle partira. Ce principe de l’amour circonscrit dans le temps, c’est la version miniature du livre Pour qui sonne le glas, d’Ernest Hemingway : dans ce roman, l’officier Robert Jordan et Maria savent qu’ils pourront s’aimer 72 heures. Pas plus.

Mais il se joue là, sur cet instant qui sera sectionné par l’au –revoir, quelque de fondamental, qui dépasse le couple. A un moment, Robert Jordan dit à Maria :

Je t'aime comme j'aime la liberté et la dignité et le droit de tous les hommes de travailler et de n'avoir pas faim.

Il se joue un essentiel, qui survivra au néant que suppose l’adieu. C’est pour cela que votre nouvelle se termine par « pour toujours », ce sont les derniers mots, donc vous terminez sur une éternité alors qu’il est question de fin – et ce n’est peut-être pas un hasard.

Je vous redonne les références : Dire au revoir, de Gaetan Roussel, est paru chez Flammarion.

Et c’est peut-être cette légèreté que vous redonnez à l’au revoir, qui vous a incité à écrire comme on fredonnerait une ritournelle plus fort que le néant qui accompagne l’adieu puisqu'il y a cette croyance, cet espoir, qui empêche le désespoir lié

L’au revoir évite le "plus jamais". Ritournelle. Alors, je dis ça, mais, je rappelle que la littérature et facétieuse, elle aime déguiser parfois les adieux en au-revoir. Il y a comme ça un sublime petit poème de Guillaume Apollinaire, qui s’appelle L'Adieu, et qui est en fait, n’en est pas un. Il dit :

Nous ne nous reverrons plus sur terre. Odeur du temps, brins de bruyère. Et souviens toi que je t’attends.

Farceuse !

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