Il y a 14 ans sortait le 1er album d’une trilogie "Piano Solo" de Chilly Gonzales.

Ces enregistrements, leur singularité ont fait le tour du monde. Il a surtout, en dehors du fait que cette trilogie reste musicalement de premier ordre, réussi à mettre le piano hors d’un circuit classique ou de jazz au premier plan, en créant une partition aussi populaire qu’exigeante.

Le piano c’est cet orchestre en miniature, qui reste pour beaucoup l’instrument de base de la composition. 

Mais l’avènement du rock, le pianiste avait tendance à être vu comme un accompagnateur, un peu cacher derrière le groupe. Le fait de mettre le piano au centre des radars, en solo comme le nom de cette trilogie avait vraiment à l’époque quelque chose d’étonnant, car de Gonzales en 2004, nous connaissions son amour du rap, la fidélité à ses anciennes colocataires Peaches et Feist, sa collaboration avec les Daft Punk. 

À l'époque où sort Piano Solo, je commence à m’intéresser aux 78 tours et aux gramophones et je m’aperçois de la place que tient le piano en tant que star des instruments entre 1910 et 1940, les jazzmen empruntent à Debussy, les musiciens classiques lorgne vers le jazz. Des ponts se créaient et surtout, le piano est un des instruments roi ; il est aussi celui dont la puissance sonore peut résonner même dans une très grande salle. 

Et puis derrière l’instrument il y a le musicien, son jeu, l’intention qu’il donne la façon dont il se tient face à cet instrument de plusieurs centaines de kilos parfois. Donc pendant l’entre-deux-guerres, les enregistrements source des disques, les masters, avaient une durée de vie limitée et si le disque avait beaucoup de succès, le musicien revenait ré-enregistrer, mais bien sûr la version variait selon l’humeur, donc je vous ai ramené un petit gramophone où nous allons écouter Play piano Play d’Errol Garner dans une de ces premières versions, parce que j’y vois des correspondances avec l’univers de Gonzales…. 

(Extrait du morceau sur le gramophone)

Errol Garner, Fats Waller aiment le show, ils aiment rire. Garner joue avec le tabouret le plus haut possible pour avoir les mains presque perpendiculaire au piano, au besoin et même en concert il demande qu’on lui amène un annuaire ou deux si besoin. 

Chilly Gonzales pour moi fait partie de cette famille de gens qui j’imagine font leurs trois heures de piano par jour, avec un sérieux qui tient de l’entrainement sportif mais qui en même temps a le sens du recul, de la poésie absurde, et qui savent redonner au piano son aspect spectaculaire tout en étant totalement familier. 

Quand monsieur arrive sur scène, il est en robe de chambre façon royal au bar, et puis il s’approche de son piano comme un dompteur s’approche d’un fauve, il y a cette filiation du spectacle, le gars tout seul au milieu de l’arène. Sur la pochette du Piano Solo Trois il a trois mains dessinées au-dessus du clavier, comme celle d’un mutant, comme une ambiguïté et ce détail s’entend sur le disque, certaines dissonances décrivent des moments ombrageux mais comme sur tous les autres albums il y a un happy end à la fin. 

Chaque morceau de ce disque est dédié à une personne, j’affectionne particulièrement celui qui est dédié à Chico des Marx Brother, pianiste émérite drôle et aussi spectaculaire techniquement, qui semble un cousin pas si lointain de Chilly González..

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