Il y a des jours où une voix peut vous donner le sentiment qu’elle vous accompagnera longtemps comme une amie sûre, que vous la trimbalerez au fond de votre tête comme un trésor caché. La voix de Sarah McCoy a cette sorte de pouvoir.

J’ai découvert Sarah McCoy il y a une paire d’années, plus peut-être, lors d’un concert à Paris. J'étais arrivé à la bourre. Je ne suis pas resté au fond de la salle bien longtemps, à la fin de la première chanson, je me suis collé au premier rang pour ne pas perdre une miette de ce qui se passait à ce moment-là. Pendant qu’elle chantait je pensais à Janis Joplin, à des chanteuses de blues des années 1920. Elle interprétait ses chansons avec une telle conviction, ça sentait le vrai, pas de fioriture, pas d’emballage cadeaux, elle déversait une mélancolie tapageuse. Susurre, rugit… on ne savait pas, dans la seconde d’après, quel chemin elle allait prendre.

Après ce concert je l’ai croisée, elle était pied nus, du whisky pas loin. Et depuis j’attendais. 

Sarah McCoy, vient d’une famille de six gamins, un père ancien flic de Brooklyn, elle grandit avec sa belle-mère une ancienne nonne reconvertie en institutrice. Enfant, un ami de la famille, un forain,lui offre un piano. Elle commence à jouer et intègre vite une école. 

Elle raconte que ses vieux n’étaient pas du genre mélomanes et que si elle voulait chanter, elle devait pousser de la voix en faisant le tour de sa baraque, histoire de ne pas avoir d’histoire. A 20 ans son père meure, elle prend la route, traverse 44 des 50 états américains, souvent en stop. Elle apprend la guitare avec un clochard du côté de San Diego et chante dans la rue, bosse dans des bars, s’installe au piano des bars quand elle le peut et puis un jour, elle débarque à la Nouvelle Orléans, et pose ses sacs. 

Cette ville entretient avec les musiciens une relation incroyable, elle semble les nourrir, les protège et leur permet d’être meilleur. Elle dit que : 

A la Nouvelle-Orléans, la musique est partout, elle coule comme du beurre chaud sur les trottoirs. 

Et moi je la crois. 

Elle finit par atterrir au « Spotted Cat » un des clubs du quartier français. Et bien sûr on la remarque, elle n’a pas encore 25 ans et ne ressemble à personne. Elle commence a tourner, le bouche-à-oreille commence… C’est ainsi que Chilly Gonzales, notre pianiste préféré, fait sa connaissance et décide de produire son album Blood Syren, il y a presque un an. Elle rentre donc en bonne compagnie aux studios Ferber à Paris. 

Les 13 titres de ce disque, qui sera disponible la semaine prochaine, parlent d’elle de ses dérives, de la Nouvelle Orléans, des petits monstres que l’on garde cachés au fond de nous. Aussi mystérieux ce sang des sirènes qui donne son titre à ce disque, à paraître sur le label Blue Note. Et elle actuellement en tournée un peu partout en France.

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