Il y a quelques mois on a vu débarquer sur la toile, le clip d’un groupe de rock mongol toute classe dehors.

The HU, on les voyait évoluer dans des steppes, instruments traditionnels a la main en train de bastonner les cordes de leur Morrin Gur une sorte de violon à tête de cheval, de fracasser leur guimbarde en ayant peur pour leur chicots, d’électrifier leur guitare basse avec l’envie d’en découdre. Et puis bien sûr il avait ce chant diphonique ou les graves et les aiguës se mêlent dans ce qui semble un même souffle. 

Nous sommes en Mongolie, un drôle de pays avec sa capitale Oulan-Bator qui est une des plus polluées du monde et de l’autre côté des steppes immenses ou la vie sauvage existe encore, et se confronte encore au nomadisme des hommes. Et puis c’est un pays qui a repris son propre destin, il y a moins de 30 ans. Quand les mongols ont repris leurs marques, leur liberté, ils ont aussi ressortis les instruments de musique traditionnelle qui avait été mis de côté pour une uniformisation que désirait le pouvoir soviétique et chinois.

Quand l’Unesco a classé le chant diphonique, le Khomei au patrimoine immatériel de l’humanité, il a aussi donné une visibilité à d’autres populations nomades qui ne s’ennuient avec le garde barrière, et qui le pratiquaient de la république de Tuva en Sibérie, des steppes mongoles  jusqu’au frontières chinoises. Il y a alors une sortes de mode ou le chant diphonique a fait son apparition lors des festivals, les producteurs occidentaux ont commencé à signer ces groupes.

La population d’origine mongole qui vit dans les grandes villes chinoises comme Pékin ou Shanghai a monté des projets musicaux . Mais cette particularité s’est un peu diluée, les groupes du cru ne sont pas forcément revenus chez nous et je ne sais pas pourquoi mais on s’est retrouvé avec une vision un peu occidentale, presque détournée de l’affaire. Les shamans du dimanche pratiquaient le chant diaphonique pour faire plus vrai. 

Pendant ce temps a Oulan Bator les héritiers de Gengis Khan rongeait leur freins. Les membres de The HU ont tous appris à jouer au conservatoire d’état Mongol. Ils ont replongé ainsi dans une culture que l’on avait omis de leur raconter auparavant. The HU se traduit par être humain, ils appellent leur style le HUNNU Rock. Leur premier disque aura pour nom Gereg, Gereg c’est le nom d’un passeport diplomatique de l’époque de Gengis Khan. Dans tous les clips ou dans les textes de groupe, il y a l’idée de mettre en opposition hier et aujourd’hui avec un décalage ironique, le cheval des steppes est remplacé par une bécane, les gangs de bikers sont les nouvelles hordes du khan. 

Ou alors, ils jouent des personnages de gens un peu lobotomisés par la culture occidentale, regardant du foot les yeux creux, se tapant du pop-corn vautré dans leur canapé alors que dehors la nature les attend et que c’est là qu’est née leur histoire. Depuis le début des années 2000, on a écouté à Oulan-Bator du hip hop, beaucoup de rock vraiment calqué sur le son occidental. 

Ce qui ressurgit aujourd’hui c’est que l’idée d’une identité passe par la connaissance de la musique traditionnelle et de son utilisation dans un monde moderne comme si il était plus facile de faire passer son message en mélangeant les sons les siècles passés. Le même phénomène musical est en train de se passer en inde, en Nouvelle Zélande. Ces groupes sont en train de redonner une vie contemporaine à la musique de leurs ancêtres, tout en ayant une vision politique. En général ils viennent tous d’ethnies que l’on a voulue assimilées sans jamais y réussir. Le métal est en train d’ouvrir une nouvelle boite de pandore. 

The gereg dispo sur Eleven seven music, en concert à Paris prochain et aux Eurocks de Belfort  cet été 

Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.