Si le premier album de cet artiste anglo-jamaïcain de Nottingham est passé inaperçu, le deuxième a attiré l’oreille de Djubaka dès la première écoute...

Tous les ans, les amateurs de musique éclectiques attendent ce qui va devenir le disque rock techno, métal, soul de l’année. On ressemble un peu à ses joueurs amateurs de trotteurs qui se refilent les bons tuyaux avant la course. Y’en a même qui ont la tremblote quand il vous passe en douce la mystérieuse galette qui doit monter sur le podium. Inutile de vous dire que souvent on n’est pas d’accord, ça ressemble à un débat politique qui s’étire après minuit, le moment où l’on commence à compter les cadavres. Mais là coté reggae, on pense tous avoir trouvé le gagnant, personne ne moufte plus haut que l’autre. 

Le nominé se nomme Liam Bailey. Et on peut dire que notre gars a pris son temps, et qu’il n’a pas vraiment mangé du trèfle à quatre feuilles pour que ça aille plus vite. Bon voilà le topo. Liam Bailey est anglais, en 2007 il rencontre Léon Michels un producteur qu’on s’arrache encore aujourd’hui et qui est un des artisans du retour de la soul chez vos disquaires. Michels promet à Bailey de faire son disque, ils sont comme qui dirait prêt à partir mais de disque nada il n’y aura pas. Comme dirait les turfistes quand ça veut pas ça veut pas. 

Bailey continue et rencontre Amy Winehouse qui quelque temps avant sa mort  avait décidé de monter son label, elle le signe sort 2 titres, mais quand elle rejoint le boulevard des allongés, ce label « Lioness » disparait avec elle. Bon quand ça ne veut pas ça ne veut pas, c’est comme les canassons. 

Fort de ce passé avec la diva londonienne, il y a 7 ans une grosse maison de disques décide de sortir le premier album de Bailey,  il a beau être dans les bacs le skeud passe complètement inaperçu et finit aux oubliettes, les années passent. Comme diront les grands philosophes quand ça ne veut pas ça ne veut pas. Bon Bailey aurait pu mettre une couverture  sur ses rêves, mais à force de se prendre des murs certains finissent par devenir maçon. Et ça change la donne, notre gars a faim, presque autant qu’un coyote en hiver. 

Et il recontacte Michels, celui qui lui avait dit ''Ok, je te le fais ton disque'', mais bon la promesse avait déjà 13 ans d’ancienneté. Imaginons deux secondes que quelqu’un que vous n’avez pas vu depuis une peine de sureté vous demande de tenir votre promesse. Pour moi je ne sais pas, mais pour Bailey ça passe et mieux encore. Michels décide sur ce disque de jouer de tous les instruments et de poser un marque beaucoup plus forte qu’un simple carnet de chèque. Ce disque fait le grand écart en s’essayant à toutes les formes de reggae du plus ancien au plus technologique, et l’idée de la soul est bien sur très présente. Le chant, l’humeur de Bailey, sa façon de passer d’un registre a un autre est étonnant, il est juste dans tous les exercices de styles, ça bouillonne sans tomber dans le cliché, on ne sent pas un esprit de revanche, mais juste l’idée de réussir à faire un disque dont il a rêvé.  

Le titre de cet album disque c’est  Ekundayo,  c’est du Yoruba que l’on pourrait traduire par « et le chagrin devint joie », Waohou ça rigole pas.

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