Un pied à Bamako, l'autre à Montreuil, Salif Keita n'hésite pas une nouvelle fois avec cet album à se confronter à d’autres styles, à d’autres cultures.

Il y a toujours quelque chose qui m’a fasciné quand quelqu’un me dit qu’il a 50 ans de carrière, de vraies carrières dans le monde des arts, c’est le côté exceptionnelle de l’affaire. D’ailleurs j’en vois déjà autour de cette table qui s’imagine que cela est possible. Mais quand on va relever les compteurs, il y aura des déçus, pour une raison toute simple, 50 ans au service de l’art, c’est aussi rare que de trouver un bifton de 100 dans la rue. 

Salif Keita, lui peut accrocher ce nouveau titre à son palmarès, et il dit même depuis plusieurs mois que son nouveau disque sera le dernier, peut-être qu’il continuera à chanter, mais le studio, les tournées, on remballe. On met de côté le présent, mais pas le passé.

Salif Keita, est née dans des conditions ou la musique n’aurait pas dû être son premier objectif, ni même son rêve. Il vient d’une lignée princière, celle du fondateur de l’empire du Mali (Soundatia Keita), chez lui la musique est réservée au griots. Il aurait bien voulu aussi être instituteur, comme beaucoup d’albinos il a des problèmes de vue, mais on le recale. Pas grave il décide de se muscler les cordes vocales. 

En 1968, année de tous les dangers, il prend ses cliques et ses claques, débarque à Bamako et intègre un orchestre le Rail Band de Bamako qui joue tous les soirs au café de la gare de la capitale du Mali.  Sa voix est immédiatement reconnaissable, elle va l’emmener aux quatre coins du monde, et pendant des années il va créer un pont entre la pop, le jazz et la musique traditionnelle. 

Aujourd’hui il vit entre Bamako et Montreuil, la deuxième ville du Mali dit-on. A Montreuil il n’était pas rare de voir Salif Keita pousser de la voix dans les fêtes du coin, alors qu’il est déjà un artiste reconnu, accomplit. Il est aussi un acteur de sa communauté. Mais là où le chanteur devient militant et notamment pour la cause des albinos, il crée sa fondation il y a 22 ans. 

Quelques mois avant la sortie "d’un autre blanc",  à Fana, une enfant de 5 ans Ramata Diarra avait été enlevée puis assassiné a cause de  sa différence, c’est dans la ville ou vivait cet enfant que Salif Kéita a présenté son nouvel album un soir de novembre. Il y a avait avec lui sur scène plusieurs générations de musiciens. 

Salif Keita a montré tout au long de sa carrière qu’il aimait se confronter à d’autres styles, à d’autres cultures. Comme si le fait d’avancer avec les autres était quand même beaucoup plus important que de briller seul dans son coin. Son dernier disque est un exemple puisqu’on y retrouve à la fois ses amis comme Alpha blondy, Angélique Kidjo, MHD donc mais aussi Lady Smith Black Mambazo. 

Ce groupe né lui aussi dans les années soixante en Afrique du sud a été un de ceux qui ont propulsé la musique zoulou, ils sont musicalement un des symboles de la chute de l’apartheid. Salif Keita en dehors de la musique est un activiste. Il combat cette ignorance qui rend tous les jours le monde un peu moins juste, et sur ce terrain on a l’impression qu’il n’est pas prêt de prendre sa retraite.

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