Ce soir notre invitée de vedette de l’écran est Gisèle Casadesus, disparue le 24 septembre dernier à 103 ans. Elle était la doyenne des acteurs.

Gisèle Casadesus en 2014
Gisèle Casadesus en 2014 © AFP / Eric Feferberg

S’il y a bien un métier où l’on peut toujours être redécouvert, ne pas prendre sa retraite, c’est le métier d’acteur. On peut être éloigné, délaissé, voire oublié, et un jour grâce à un rôle la lumière se porte de nouveau sur vous pour mieux vous révéler.

Gisèle Casadesus en est l’exemple parfait : après une carrière ininterrompue au théâtre, elle devient à plus de 80 ans, une actrice de cinéma à l’incontournable délicatesse dont on ne peut plus se passer.

Membre d’une grande famille d’artistes, fille du compositeur Henri Casadesus, elle débute avec des études de musique et de danse. Puis elle délaisse cette voie pour entrer au Conservatoire d’art dramatique. Ce parcours se fait cependant contre la volonté de son père qui voulait qu’elle suive la tradition musicale de la famille.

Elle débute à la Comédie française en 1934, dans le rôle de Rosine du Barbier de Séville. En trente ans de carrière au Français, ses personnages évoluent de l’ingénue et jeune première du répertoire à la soubrette de Marivaux et à la jeune femme spirituelle et piquante de Feydeau. Elle consacre à ses rôles toutes ses qualités de fraîcheur et de sincérité.

En 1962, elle quitte la maison de Molière après trente ans de présence et 110 pièces jouées. Elle est aussitôt accueillie à bras ouverts par le théâtre privé où elle joue Anouilh et Roussin, et par le secteur public où elle incarne Beckett et Ionesco.

À la fin des années 80, elle participe notamment à une pièce de mon frère Daniel, Clair de Terre, au Théâtre de l’Est parisien dirigé par Guy Rétoré. C’est ainsi que j’appréciais sa curiosité sur les êtres et les choses, et sa réelle gentillesse spontanée. Surtout, elle n’avait pas le côté « Madame de Grand Air » de la sociétaire honoraire de la Comédie française.

Je lui rappelais un jour que Lucien Pascal, son époux alors directeur de scène à la Comédie française, avait menacé de me virer lorsque que j’y faisais de la figuration. Il n’appréciait pas mes fous rires communicatifs pendant les scènes tragiques de Port-Royal… Je pense qu’il n’avait pas tort.

Lucien Pascal était « l’unique homme de sa vie », comme elle le disait elle-même, et a partagé ses jours durant plus de 70 ans.

À trois reprises, Gisèle fut une fidèle pensionnaire du Festival d’Angoulême. Elle était souvent accompagnée de sa fille Martine Pascal, subtile actrice avec laquelle elle a joué Savannah Bay de Marguerite Duras. Elle est également venue avec sa petite-fille, Barbara Probst, jeune femme dont la charge est désormais de transmettre la lumière et les valeurs de Gisèle.

Je la vis pour la dernière fois à un salon du livre. Assis l’un à côté de l’autre, elle signait à tout va, moi j’attendais le lecteur. Elle s’exclama soudain de sa voix cristalline : « Il faut lui acheter son Casino d’hiver, c’est le complément de mon Cent ans, c’est passé si vite ».

Je vous conseille de lire ses belles mémoires. C’est un hymne à l’amour.

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