Notre vedette de l’écran de ce soir est très certainement la responsable de ma vocation théâtrale. Octobre 1970 : jeune lycéen de 16 ans, j’assiste à la Comédie de Caen à une représentation de Bérénice mise en scène par Roger Planchon...

Francine Bergé, interprétant Liliane Bettencourt, au TNP de Villeurbanne, le 17 novembre 2015.
Francine Bergé, interprétant Liliane Bettencourt, au TNP de Villeurbanne, le 17 novembre 2015. © AFP / Jeff Pachoud

Le rôle-titre est interprété par l’éclatante Francine Bergé et c’est le choc. Moi qui jusqu’à ce moment n’ai vu que des classiques dans des matinées scolaires médiocres, je suis bouleversé. 

Francine Bergé m’a ouvert la porte du grand théâtre et des belles mises en scènes. Elle fait partie du Panthéon de mes actrices préférées

Francine Bergé est née de parents danseurs. Il n’était pas question pour elle de choisir une autre voie, elle aurait été la cinquième génération de danseurs de la famille. C’est sa mère qui la première a pensé que des cours de comédie pouvaient être utiles à une danseuse.  

Francine Bergé intègre alors le centre d’art dramatique de la rue Blanche : c’est une révélation, elle sera comédienne. Elle réussit ensuite le Conservatoire grâce à son interprétation de Monime dans Mithridate de Racine, mais n’obtient rien en comédie. Les dés sont jetés : elle appartient à la race des tragédiennes. 

Sa première apparition sur scène a lieu en 1957 dans Périclès de Shakespeare, aux côtés de Bruno Crémer. Mais c’est le rôle d’Atalide dans Bajazet de Racine qui lui assure un succès inattendu auprès des critiques. 

Dès sa sortie du Conservatoire en 1959, Francine Bergé est engagée à la Comédie Française. C’est le lieu rêvé pour y épanouir son talent de tragédienne et sa diction ferme et envoûtante. Elle n’y reste pourtant qu’une petite année avant de débuter une carrière brillante au théâtre. 

Francine Bergé joue les plus grands classiques aussi bien que le théâtre moderne : souvent Anouilh, Camus, Vinaver, Edward Bond, Éric-Emmanuel Schmitt. Elle rencontre les plus grands metteurs en scène contemporains, de Planchon à Bourseiller, en passant par Marcel Maréchal ou encore Barbiero Corsetti. 

C’est Christian Schiaretti qui la dirige en 2015 dans Bettencourt Boulevard de Michel Vinaver où elle incarne une Liliane Bettencourt plus vraie que nature. Actuellement, Francine Bergé se produit au TNP Villeurbanne dans L’Échange de Paul Claudel, aux côtés de Robin Renucci. Elle y campe une Lechy Elbernon, aigre, méchante et en tout point magistrale. Dans Le Figaro, Armelle Héliot écrit : « Elle nous subjugue », et c’est bien là le propre de cette merveilleuse comédienne.  

Et le cinéma dans tout ça ? Il est moins présent dans sa vie dans sa vie que le théâtre bien sûr, mais Francine Bergé compte néanmoins de nombreux films à son actif. 

Sa carrière cinématographique commence en 1962 lorsqu’elle obtient le rôle principal dans Les Abysses de Nicos Papatakis, aux côtés de sa sœur Colette. Le film s’inspire des sœurs Papin, ces deux employées de maison qui ont assassiné froidement leur patronne au début des années 1930. C’est ce même fait divers que Jean Genet avait adapté au théâtre quinze ans plus tôt pour sa pièce Les Bonnes. Le rôle de Michelle la démente lance véritablement la carrière filmique de Francine Bergé. 

Au fil des années pourtant, le cinéma ne lui offre que des seconds rôles, même si ceux-ci sont toujours dirigés par des metteurs en scène de haut niveau : Rivette, Deville, Sautet, Benoît Jacquot. 

Plus récemment, elle apparaît au grand écran dans Numéro Une de Tonie Marshall où elle incarne avec autorité et humour une femme brillante du CAC 40. 

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