Le manque de pot de Françoise Arnoul aura été de tomber sur des metteurs en scène qui insistèrent uniquement sur le sex-appeal de son joli minois et de ses jambes fines...

Françoise Arnoul en 1958
Françoise Arnoul en 1958 © Getty / Mondadori Portfolio

À 18 ans, elle fait ainsi ses débuts à l’écran dans L’Épave de Willy Rozier. Un rôle très déshabillé qui lui vaut la célébrité du jour au lendemain. 

Mais venons-en à son histoire personnelle. Originaire d’Algérie où son père est général et sa mère comédienne, la petite Françoise Gautsch ne rêve que d’être danseuse. Après des études au lycée de Rabat et au lycée Molière à Paris, elle essaie d’entrer à l’Opéra, mais elle n’a alors plus l’âge. 

Avec son amie Yvonne Roussel, sœur de Michèle Morgan, elle se découvre une passion pour le jeu et décide bientôt de s’inscrire au cours Bauer-Thérond. Elle s’y retrouve élève entre Anouk Aimée et Roger Hanin. 

Après L’Épave, elle est cantonnée quelques temps à des rôles de filles perdues ou de gamines perverses. Ces films aux titres très évocateurs résonnent à l’unisson d’une époque qui commence à desserrer les corsets et à montrer le bout d’un sein : Les Compagnes de la nuit, La Rage au corps, Secrets d’alcôve, et surtout Le Fruit défendu d’après Simenon, face à un Fernandel bouleversant, victime du démon de midi. Elle affirme bientôt un talent très souple et révèle sa qualité essentielle : une authenticité qui lui permet d’être toujours juste. Si l’on y ajoute un physique sensuel et un regard félin de chatte amoureuse, on comprend aisément qu’elle soit devenue l’une des stars en titre des années 50. 

En 1954 c’est l’apothéose ! Elle rencontre un rôle étincelant, à l’opposé des emplois tenus jusqu’alors, en incarnant l’inoubliable Nini dans French Cancan de Jean Renoir. Ce film de commande devient très vite une œuvre très personnelle pour le cinéaste, qui l’y dirige face à un Jean Gabin magistral. 

Elle retrouve le grand acteur l’année suivante dans Des Gens sans importance, un film sombre et social, le meilleur de Henri Verneuil avec qui elle tournera cinq films. 

C’est sur le tournage de French Cancan qu’elle rencontre son mari Georges Cravenne, publiciste et futur créateur des César. Grâce à lui, elle fait la connaissance du couple Signoret et Montand, et une amitié indéfectible naît, qui la lie à Simone Signoret jusqu’à la mort de cette dernière en 1985. 

Elle devient même sa compagne de lutte à l’occasion de différents combats politiques, signant avec elle le Manifeste des 343 Salopes en faveur de l’avortement libre. Puis, avec son mari le cinéaste Bernard Paul, qui la dirigera dans Dernière sortie avant Roissy, elle se lance dans le syndicalisme, ce qui est mal vu par les producteurs traditionnels. 

Moins boudée que certaines de ses consœurs par la Nouvelle Vague, elle fait des prestations remarquables dans La Morte-saison des amours et Vacances portugaises de Pierre Kast, le grand oublié de la Nouvelle Vague. 

Elle qui a par ailleurs refusé le premier James Bond, Docteur No, le rôle raflé par Ursula Andress sortant de l’océan en bikini. Elle dont l’image fut choisie pour personnifier le péché de chair dans le pavillon du Vatican lors de l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1958. 

Françoise Arnoul a privilégié la Vie, l’Amour plutôt que les films. Très chaleureuse et encore très belle, je la rencontre souvent au cinéma ou dans les festivals. Toujours prête à écouter celui ou celle qui dira : « Il était une fois… ». 

Arnoul, un animal doué de bonheur, c’est là le titre de son autobiographie. 

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