Dans les années 1950, ses taches de rousseur, son nez impertinent et ses longues jambes rendirent soudain démodés les canons hollywoodiens du sex-appeal. Shirley MacLaine est peut-être la plus singulière des actrices américaines…

L'actrice, danseuse et écrivain Shirley MacLaine à Londres le 28 avril 1969
L'actrice, danseuse et écrivain Shirley MacLaine à Londres le 28 avril 1969 © Getty / William Lovelace

Issue d’une famille d’artistes, son frère est le comédien Warren Beatty, Shirley MacLaine arrive à New-York à l’âge de 17 ans. Elle débute au music-hall à Broadway comme fille de chœur et doublure, notamment celle de Carol Haney dans Pique-nique en Pyjama.   

C’est lors d’une représentation du spectacle qu’elle est remarquée par Alfred Hitchcock. Le réalisateur l’engage aussitôt pour son premier rôle au cinéma dans Mais qui a tué Harry ?

À son propos, Hitchcock déclare avec humour : « C’est une femme tellement volcanique qu’elle ferait pâlir de honte l’Etna et le Stromboli réunis ». 

Shirley MacLaine possède un jeu novateur, à la fois plus naturel et plus stylé. Une capacité rare à mêler le rire aux larmes. 

L’année de sa première apparition à l’écran, on la retrouve aussi dans le charmant Artistes et modèles où elle donne la réplique avec impertinence au tandem Dean Martin et Jerry Lewis. 

C’est en 1958 avec Comme un torrent de Vincente Minelli que  Shirley impose un nouveau type d’héroïne. Si son personnage est encore marquée par les stéréotypes misogynes, l’actrice rend la petite Ginnie profondément humaine, composant une fille paumée plus attendrissante que vulgaire et pathétique.  

Elle est extraordinaire sous la direction des grands metteurs en scène comme Robert Wise ou Jack Cardiff, et brille aussi aux côtés de grands interprètes comme Maurice Chevalier et Franck Sinatra dans Can-Can, Robert Mitchum dans Deux sur la balançoire, ou encore Yves Montand dans Ma Geisha

Bien sûr, on n’oubliera pas de sitôt la gaffeuse suicidaire de La Garçonnière de Billy Wilder, son meilleur rôle. Mais aussi l’entraîneuse de Sweet Charity et l’émouvante prostituée d’Irma la Douce.

Shirley MacLaine offre son visage à ses portraits de femmes souvent de mauvaises vies, insuffle à ses héroïnes son caractère fougueux et fait d’elles de véritables Reines. 

Elle a aussi profondément ancré en elle un sentiment de liberté. Elle vit ainsi loin de son époux et de leur fille Sachi, et entretient des liaisons avec la plupart de ses partenaires, dont Robert Mitchum et l’incontournable Yves Montand. 

Indépendante et anticonformiste, elle refuse Diamants sur canapé en 1961 pour accepter le rôle casse-gueule d’une institutrice lesbienne dans La Rumeur de William Wyler.  

Saisie par le démon de la politique, Shirley devient une ardente militante du parti démocrate. Elle se découvre également une vocation pour la littérature et néglige quelque peu le cinéma. 

Elle renoue alors avec le music-hall et remporte un succès sans précédent avec un show composé de numéros dansés et chantés autour des films de son répertoire comme Irma la douce et Sweet charity

C’est en 1977 qu’elle revient sur les écrans de cinéma avec Le Tournant de la vie de Herbert Ross. Six ans plus tard, sa prestation dans Tendres Passions aux côtés de Jack Nicholson lui vaut l’Oscar de la meilleure actrice.

Très directe et parfois même à l’emporte-pièce dans le travail, Shirley MacLaine est la plus originale des actrices hollywoodiennes. 

Je laisse le mot de la fin à Billy Wilder, son metteur en scène fétiche : « Elle est à mes yeux la plus extraordinaire, le summum des actrices, elle trouve toujours le ton juste ».

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