« On m’appelle Ondine ». Ainsi se présentait l’héroïne de Giraudoux au chevalier Hans von Wittenstein zu Wittenstein sur la scène de l’Athénée le 27 avril 1939.

Madeleine Ozeray (1908 - 1989)
Madeleine Ozeray (1908 - 1989) © Getty / Hulton Archives

Ondine c’est Madeleine Ozeray, cette jeune actrice née aux bords de la Semois de l’autre côté de la frontière. Elle a déjà créé plusieurs pièces de Giraudoux, et en premier lieu Tessa, qui lui a tout à coup valu la célébrité. Une fois de plus, elle triomphe dans le rôle d’Ondine, spectacle qui pulvérise les records de recette à Paris en 1939. 

Très jolie, franche, ingénue, la petite Ozeray est la comédienne belge qui connait le plus de succès en France avant la Seconde guerre mondiale. Elle a des airs des poupée de porcelaine avec ses yeux bleus, ses cheveux blonds flottant sur les épaules, et sa minceur fragile. Dès 1932, sa beauté lui offre la Une des magazines de spectacles du monde entier. 

Elle devient la maîtresse puis la compagne du grand acteur et metteur en scène l’étrange et fascinant Louis Jouvet, de vingt ans son aîné. À ses côtés, elle triomphe dans les créations de Jean Giraudoux au théâtre de l’Athénée : La guerre de Troie n’aura pas lieu en 1935, Électre en 1937 et surtout Ondine. Elle devient la muse de l’auteur. 

Madeleine n’oublie pourtant pas ses classiques et dit comme personne « Le petit chat est mort ». Elle excelle en Agnès de _L’école des femmes_, dont Jouvet signe une admirable mise en scène. Il fait de la pièce un spectacle mythique, et le décor de Christian Bérard avec le jardin qui s’ouvre et qui s’avance vers les spectateurs est cultissime chez les amoureux de théâtre. 

Mais la guerre casse brutalement ce beau rêve. Jouvet et sa troupe partent en Suisse, pays neutre, pour une tournée mettant à l’honneur ce classique. Madeleine y rencontre là-bas Max Ophüls, Juif qui de son côté attendait de filer aux États-Unis. La jeune actrice tombe secrètement amoureuse du grand cinéaste et suggère à Jouvet de lui confier la réalisation pour le cinéma de L’école des femmes. Mais Jouvet découvre cette liaison, devient fou et annule le projet. 

Malgré cela, il s’embarque avec elle et toute sa troupe pour une tournée en Amérique du Sud, soit dit en passant financée par le gouvernement de Vichy. Mais il préfère apporter la culture française aux pays latino-américains que de jouer devant les Allemands dans les théâtres parisiens. 

Madeleine et Jouvet, qu’elle surnomme Lewis, ne cessent de se déchirer et de se violenter. En 1943, elle prend de la distance et part tourner un film au Canada : Le Père Chopin. Mais ce tournage présage le chant du cygne, et elle rompt bientôt définitivement avec Jouvet. 

Quand elle rentre en France en 1947, la plupart des théâtres lui tournent le dos. Les critiques l’éreintent, ceux-là mêmes qui l’encensaient quelques années plus tôt. On sent la vengeance du patron Jouvet. N’empêche, elle ne baisse pas les bras et reprend du service avec La Folle de Chaillot de son ami Giraudoux mis en scène par Georges Wilson, et surtout avec Cher Antoine de Jean Anouilh, qu’elle jouera 500 fois. Puis, Roger Planchon fait appel à elle pour Par-dessus bord de Michel Vinaver. 

Quant au cinéma, le public la retrouve avec émotion dans La Race des seigneurs de Pierre Granier-Deferre avec Alain Delon, et surtout dans Le Vieux fusil où elle interprète la mère de Philippe Noiret. 

Madeleine Ozeray meurt à Paris en mars 1989 à 80 ans. Alzheimer lui a tout pris, jusqu’à son propre nom. 

Considérée comme l’icône des actrices belges, Madeleine Ozeray a fait l’objet d’une excellente biographie écrite par le journaliste belge Dominique Zachary, et d’une bande dessinée de Herbert et Palex. 

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