Dominique Besnehard a été son agent. Il rend aujourd'hui hommage à la comédienne disparue. S'il y a bien un mot qui le révulse c'est celui de "star", mis à toutes les sauces...

Jeanne Moreau en juillet 1965 dans le film "Mademoiselle" de Tony Richardson
Jeanne Moreau en juillet 1965 dans le film "Mademoiselle" de Tony Richardson © Getty / Giancarlo BOTTI

Alors dans ce billet dominical, qui chaque semaine sur France Inter honorera une actrice, je choisirai le mot "vedette", plus vintage, plus glamour

Et pour les médisants qui n'y verraient qu'une allusion à une marque de machine à laver (et à sa vedette la mère Denis) je rajouterai : « vedettes de l’écran ». Un joli titre qui éclairait autrefois les colonnes de Cinémonde et de Mon film, de cette presse de cinéma qui m'a tellement fait rêver lorsque j'étais enfant. Aujourd'hui, notre première invitée est Jeanne Moreau, pardon « Mademoiselle Jeanne Moreau » car elle y tenait à ce titre de « Mademoiselle ». Gare à celui qui l’oubliait, il se faisait remettre en place sévèrement ! Jeanne Moreau était un savoureux mélange de vieilles et de belles manières. On dit qu’elle était exigeante, passionnée, anticonformiste, désagréable. Oui, Jeanne c’était tout cela à la fois.

Un jour qu’elle me préparait le petit déjeuner dans sa cuisine - nous étions alors voisins dans le 17ème – elle me confia :

Oui j'ai vécu comme un garçon, j'ai eu des aventures, des amants et je pars quand j'en ai envie.

Jeanne Moreau, curieuse de tout

Mais pour moi qui ait eu la chance d’être son agent pendant plus de 10 ans, c’est l’adjectif « curieuse » qui me vient en premier. Oui « Mademoiselle » était curieuse de la vie, des êtres, curieuse en amour aussi…

Elle voulait tout savoir : en politique, en économie, sur la recherche médicale. Et si au cours d'une discussion (- il fallait mieux être en tête-à-tête avec elle car au nombre de 3 il y avait immédiatement une tête de turc -) elle montrait quelques faiblesses sur un sujet, alors sa mauvaise foi l'emportait et elle stoppait net la conversation. Mademoiselle Moreau était un peu "Mademoiselle je sais tout" et pourtant j'aimais nos rencontres où j'apprenais les choses de la vie ; j'aimais l'accompagner sur les tournages, la voir travailler sur le plateau, poser mille questions à son metteur en scène. Et je peux vous dire que s’il n’était pas à la hauteur, il avait du souci à se faire !

Jeanne Moreau, l'actrice parfaite

J'aimais aussi nos moments de détente, ses longues séances de shopping dans le quartier St Denis à Montréal, passant d'une boucherie Cacher à une boutique de lingerie comme dans un tourbillon, « un tourbillon de la vie »… On s'est connu, on s'est reconnu, on s'est perdu de vue...

Mademoiselle Jeanne Moreau était l'actrice par excellence, l'incarnation de l'actrice parfaite. Elle n'aimait que jouer, avoir des projets, rencontrer de jeunes metteurs en scène et voyait tous les films. Elle a toujours voulu être comédienne et s’est opposée très jeune à son père pour cela. Elle est d’ailleurs restée meurtrie de l’avoir vu dormir un jour, au troisième rang de l’orchestre de la Comédie Française, pendant l’une de ses représentations. Mademoiselle s'est éteinte le 31 juillet dernier. Elle repose désormais, ironie de la vie, au Cimetière de Montmartre aux côtés de François Truffaut, son metteur en scène dans Jules et Jim et dans La mariée était en noir. Elle me disait souvent :

Dominique, dans la vie il faut toujours monter d'un cran.

De cette formule elle a fait un acte artistique et s’est révélée dans toute sa carrière comme une actrice inspirée, singulière et magique. Elle restera à jamais « la plus grande actrice du monde », selon Orson Welles.

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