Qui se souvient de Bella Darvi ? Quelques cinéphiles peut-être pour l’avoir vue dans des films américains au début des années 50 ? Ou quelques amateurs de la starlette qui soignait habilement son image de vamp en Une des magazines ?

Bella Carvi dans "L'Egyptien" (1955, Michael Curtiz)
Bella Carvi dans "L'Egyptien" (1955, Michael Curtiz) © AFP / TWENTIETH CENTURY FOX FILM CORPO / COLLECTION CHRISTOPHEL

Quel bien triste destin que celui de cette ravissante polonaise qui décida prématurément de mettre fin à ses jours. Cette existence singulière pourrait aisément faire l’objet d’un film. 

Bayla Wegier est née le 23 octobre 1928 dans une famille de Juifs Polonais. Alors que Bella n’a qu’un an, les Wegier quittent la Pologne pour Paris. Puis lorsque la guerre éclate, ils fuient en Zone libre, abandonnant leur boulangerie parisienne. 

À 14 ans, Bella est arrêtée et emprisonnée à la prison Saint-Michel de Toulouse. Comme elle est mineure, elle est transférée dans un couvent pénitentiaire, avant d’être libérée en 1943. Si sa famille est à l’abri des Allemands, elle est toujours victime de l’antisémitisme ambiant, et voit sa maison incendiée, avant d’être soutenue par la Résistance qui lui procure de faux papiers. 

À la fin de la guerre, Bella Darvi revient à Paris. Elle reprend ses études et découvre les cabarets de Montparnasse. Bientôt, elle mène une vie mondaine et participe à de nombreux concours d’élégance très à la mode à cette époque. 

En 1951, un ami acteur la présente à Virginia Zanuck, l’épouse de Darryl Zanuck, le célèbre patron des studios Fox. Séduit par sa beauté, le nabab l’emmène à Hollywood et lui propose un contrat. Elle tourne alors trois films pour la Fox : Le Démon des eaux troubles de Samuel Fuller avec Richard Widmark, _L’Egyptiende Michael Curtiz et Le Cercle infernal_avec Kirk Douglas.

Devenue la maîtresse de Zanuck et de sa femme, elle est au cœur d’un ménage à trois. C’est pourquoi elle choisit pour pseudonyme « Darvi », en hommage à ses Pygmalion : « Dar » pour Darryl et « Vi » pour Virginia.  

Mais Zanuck échoue à imposer sa protégée au public américain. En 1955, le producteur quitte sa femme pour la jeune actrice, et ils rentrent ensemble en France. Forte de son expérience hollywoodienne, Bella est déterminée à conquérir les écrans français.   

Elle tourne ainsi Je suis un sentimental de John Berry, avec Eddie Constantine. Elle joue aussi dans le troublant Je reviendrai à Kandara et Le Gorille vous salue bien de Bernard Borderie avec Lino Ventura. Mais aux plateaux de cinéma, Bella Darvi préfère l’ambiance électrique des salles de casino. 

Le jeu devient une véritable drogue, elle ne vit dorénavant que pour lui, ne revenant sur les plateaux de cinéma que pour des raisons alimentaires, et dans des films bien souvent mineurs. La solitude la consume, elle sombre dans les affres de l’alcool.  

Elle s’installe à Monte Carlo, paradis du jeu qui devient son enfer. Selon les estimations les plus timides, elle aurait flambé près d’un demi milliard de francs sur les tapis de jeu. Entre grandeur et décadence, elle est contrainte de tout vendre pour subsister à ce démon cupide, jusqu’à ses caniches blancs. Darryl Zanuck, qui l’a quittée depuis longtemps, l’aide toujours in extremis à payer ses dettes de jeu. 

Peu à peu, ses amis s’éloignent, la laissant à sa passion dévorante et destructrice. Ses multiples échecs au jeu l’acculent à trois tentatives de suicide. 

Puis vint ce jour de 1971 où elle ne put faire face à l’amère réalité. Elle s’est alors calfeutrée dans sa chambre et a ouvert le gaz. Son corps ne fut découvert par hasard qu’une semaine plus tard. Elle avait 43 ans. 

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