Si le nom d’Annabella n’est guère plus connu que des cinéphiles, l’héroïne de "Napoléon", l’épopée d’Abel Gance, et du "Million" de René Clair, fut dans les années 1930 la plus grande star féminine du cinéma français.

L'actrice française Annabella photographiée en 1920 pour le magazine "Vogue"
L'actrice française Annabella photographiée en 1920 pour le magazine "Vogue" © Getty / George Hoyningen-Huene

Annabella est née le 14 juillet 1907 à Paris, et non en 1912 comme l’indique sa dernière carte d’identité : à l’instar de nombreuses actrices, elle préfère se rajeunir par coquetterie. Suzanne Charpentier, de son vrai nom, doit sa carrière à l’initiative de son père journaliste qui décide un jour d’adresser sa photo à un producteur ami. C’est ainsi qu’Abel Gance engage la jeune fille de 19 ans pour incarner Violine Fleuri, la jeune amoureuse de l’Empereur dans son célèbre Napoléon. Le même Abel Gance lui trouve également un pseudonyme en s’inspirant d’un poème d’Edgar Poe intitulé Annabel Lee

Son charme juvénile, son jeu naturel, son lumineux sourire, sa voix douce éclatent aux débuts des années 1930. Après un rôle principal face à la star Charles Boyer dans Barcarolle d’amour, elle connaît en 1931 un triomphe dans Le Million de René Clair. Cette comédie loufoque achève d’en faire une actrice extrêmement populaire dont la vie privée passionne les gazettes et les foules. 

Après une liaison avec Albert Préjean, le rival joyeux de Jean Gabin, qui est son partenaire dans Un Soir de rafle, Annabella épouse Jean Murat, autre séducteur intellectuel des années 1930. 

Annabella s’affirme comme l’actrice la mieux payée de l’époque et passe toutes les frontières de l’Europe. Elle tourne en Allemagne, en Hongrie et en Angleterre aux côtés de Henry Fonda pour Wings of the Morning, le premier film britannique en Technicolor. 

Elle devient la première vedette européenne et se voit décerner le prix d’interprétation au festival de Venise en 1937 pour son rôle dans Veille d’armes. Elle incarne également la jeune aviatrice Anne-Marie dans le premier scénario éponyme d’Antoine de Saint Exupéry mis en scène par Raymond Bernard. 

En 1938, Annabella est engagée par la Century Fox pour la superproduction Suez. C’est sur le plateau qu’elle rencontre son futur époux, l’acteur Tyrone Power dont elle dira : « Il était beau comme un jeune Dieu et il embrasait tous les States ». 

Annabella ne délaisse pas pour autant le cinéma français et accepte bientôt la proposition de son producteur fétiche Lucachevitch. Celui-ci lui offre un rôle dans l’adaptation du roman Hôtel du Nord, mise en scène par Marcel Carné, le cinéaste de Quai des brumes que tout le monde s’arrache. 

Mais Carné et surtout son scénariste Henri Jeanson ne sont pas très emballés par Annabella, vedette n°1 du cinéma français qui permet pourtant de monter financièrement le film. Le réalisateur dit d’elle dans ses Mémoires : « Son talent ne cassait pas les meubles et quand on avait déclaré « Elle est gentille », on avait résumé la situation ». Jeanson, assez méchant, la surnomme « Annabetâ ». Néanmoins, la comédienne interprète Renée, la jeune femme suicidaire, sans tenir rigueur à Carné et à son scénariste d’avoir réduit son rôle aux profits des natures Arletty et Louis Jouvet. 

De retour aux États-Unis, elle rencontre peu de propositions intéressantes et se consacre alors à une vie de femme au foyer. Son mari Tyrone Power est à l’apogée de sa célébrité, mais bien vite c’est la rupture. Elle découvre qu’il la trompe avec Judy Garland et Lana Turner et décide de rentrer en Europe. 

Après un comeback avec Éternel conflit aux côtés de Michel Auclair, suivi de quelques films tournés en Espagne, Annabella met fin à sa carrière à 1954. Elle se consacre alors à des œuvres caritatives et devient visiteuse de prison

Dix ans avant sa disparition en 1996, elle participe à Élisabeth du cinéaste Pierre-Jean de San Bartolomé, un film inspiré par l’assassinat de Sissi. Cela restera la dernière apparition au cinéma de l’héroïne de La Bandera

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