Pour débuter cette nouvelle année, je voulais rendre hommage non pas à une vedette de l’écran mais à une légende… non ! à un mythe : Iolanda Gigliotti dite Dalida que j’ai eu la chance de rencontrer au début des années 1980.

Dalida est aujourd’hui une icône planétaire, égale à Édith Piaf, et a vendu plus de 120 millions de disques tous supports confondus.  

C’est Orlando dont je suis très proche qui me l’a fait rencontrer lorsque j’étais jeune agent. Il m’avait demandé de la conseiller sur un projet qu’on lui proposait, d’en initier d’autres aussi, car il souhaitait que sa carrière évolue vers l’art dramatique. N’oublions pas que Dalida voulait d’abord être actrice. 

Auréolée du titre de Miss Égypte en 1954, Dalida ne peut malheureusement pas représenter son pays au concours de Miss Monde l’année suivante. L’Égypte renonce en effet à sa participation en raison de la crise du Canal de Suez qui agite l’Europe tout entière. 

Néanmoins, la jeune femme rencontre trois hommes de cinéma égyptien. Le premier, Niazi Mostafa, cherche une actrice pour son prochain film : Un verre, une cigarette où elle incarne une vamp. Le deuxième vient de découvrir la doublure idéale de Rita Hayworth pour un péplum, tandis que le troisième Marco de Gastyne est en quête d’une femme fatale pour son film Le Masque de Toutankhamon

Iolanda s’apprête à croiser l’œil de la caméra pour la première fois sur son plateau de Hollywood sur Nil lorsqu’on lui suggère de trouver un pseudonyme. Qui d’autre que les Italiens pouvaient en effet articuler sans peine « Gigliotti » ? Comme le film Samson et Dalila de Cecil B. de Mille rencontre alors un très beau succès, on lui propose Dalila.

Le réalisateur Marco de Gastyne qui l’a prise sous sa protection lui conseille ensuite de faire carrière à Paris. Dalida foule le sol du Bourget le 25 décembre 1954, un tapis de neige déroulé sur son passage, neige qu’elle n’avait alors vue que sur grand écran.  

       Mais la jeune femme pleine d’espérance comprend bientôt que sa réputation de Miss Égypte ne pèse pas lourd à Paris. Elle se sent bien seule face aux cohortes de filles superbes et prêtes à tout montant chaque jour à l’assaut des bureaux de production. Heureusement son voisin de chambre de bonnes, un certain Alain Delon, lui donne des tuyaux pour de la figuration.  

C’est son mentor le Colonel Vidal qui lui conseille : « Pourquoi ne chantes-tu pas ? Tu as de la chaleur dans la voix ». Alors, le destin de sa vie va changer. Elle réinvente alors son pseudonyme et devient Dalida. 

Au cinéma pourtant, il lui faudra attendre 32 ans pour trouver un rôle à sa mesure. En 1986, le grand réalisateur Youssef Chahine annonce sans l’avoir prévenue qu’il la choisit pour être l’héroïne du Sixième Jour, d’après l’œuvre d’Andrée Chedid. Pour Dalida, le rôle de Saddika la blanchisseuse est une occasion inespérée de rompre avec son personnage glamour de chanteuse. Elle y rayonne d’une beauté solaire, vêtue d’une djellaba traditionnelle noire, ses cheveux dissimulés sous un voile.   

À sa sortie, le film n’obtient qu’un succès d’estime malgré une pluie d’éloges saluant la performance de l’actrice, digne des plus grandes tragédiennes. Peut-être était-elle trop éloignée de l’image scintillante de la Dalida disco ? 

Six mois plus tard, le 3 mai 1987, elle met fin à ses jours. Personnellement, je regrette de ne pas l’avoir vue davantage comme me le conseillait Orlando. Mais je confesse qu’elle m’impressionnait beaucoup, semblable pour moi à une reine inatteignable. 

Je me souviens d’un dîner passé avec elle et Jean-Louis Livi.  Dalida est arrivée magnifique dans une robe aux manches brodées de fourrure. Au cours du repas pourtant, elle était comme absente, le regard lointain. Ses pensées semblaient se perdre comme si elle était ailleurs, dans un autre monde, et puis au détour d’une phrase, elle revenait avec nous, tout sourire. 

Pour les curieux ou les amoureux de cinéma égyptien, la Cinémathèque française propose jusqu’au 28 juillet 2019 une rétrospective de l’œuvre de Youssef Chahine. L’occasion de voir ou revoir sur grand écran la beauté minérale de Dalida. 

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