Une vie dans le cinéma classique français avec Autant-Lara et Borderie ; quelques détours par des nanards italiens de seconde zone ; un joli moment auprès de grands cinéastes comme Godard, Lelouch ou Barbet Schroeder ; une existence entière dans la musique enfin... avec quelques tubes et de nombreux albums.

Achille Zavatta, Valerie Lagrange et Bourvil sur le plateau de "La jument verte" réalisé par Claude Autant-Lara (1959)
Achille Zavatta, Valerie Lagrange et Bourvil sur le plateau de "La jument verte" réalisé par Claude Autant-Lara (1959) © AFP

Valérie Lagrange, c’est une vie trépidante, émaillée de beaux hommes et de drogues dures. Elle aurait pu n’être qu’une starlette, elle est devenue une égérie. 

De son vrai nom Danielle Charaudeau, Valérie Lagrange voit le jour le 25 février 1942 à Paris. Son père est quincaillier porte de Clignancourt, et avec lui, c’est travail, patrie, rigidité et paire de claques. Alors qu’elle n’a que 17 ans, elle passe des essais pour le film La Jument Verte de Claude Autant-Lara

Son père est très opposé à ce que Valérie devienne actrice, et Autant-Lara lui fait cette promesse : « Ne vous inquiétez pas, votre fille, je vais la visser ! ». C’est à ce film qu’elle doit son pseudonyme, puisque beaucoup de scènes s’y déroulent dans une grange. Pour le critique Robert Chazal, elle est la révélation du film: 

Elle est vraiment jolie et elle joue vraiment bien. Une fois n’est pas coutume chez ces jeunes starlettes. 

Elle tourne alors dans Le Gigolo en 1960, premier film de Jacques Deray, avec Jean-Claude Brialy, puis dans Auguste, comédie populaire avec Fernand Raynaud.  La même année, à 17 ans, elle se marie avec le photographe de plateau Serge Beauvarlet. C’est lui qui réalise la photo avec laquelle elle fait la couverture du premier numéro du magazine Lui. Son mari la présente à Gainsbourg, qui lui écrit la chanson « La Guérilla », et Valérie enregistre d’autres 45 tours. Tout sourit à la jeune femme, sollicitée par le cinéma et la musique. Mais son mari se suicide en 1964. C’est un véritable traumatisme pour elle, et elle rate le rôle de Domino dans le James Bond Opération tonnerre

Quelques temps après, elle fait la connaissance du jeune comédien Jean-Pierre Kalfon. Elle vit avec lui une aventure sentimentale passionnée, et rencontre par son entremise toute la bande de la Coupole, composée de Pierre Clémenti, Bulle Ogier, Philippe Garrel et Marc’O. Les jeunes gens deviennent les pionniers de l’underground parisien : drogues, sexe libre et révolution culturelle sont leur quotidien. En 1972, elle se rend en Nouvelle-Guinée pour jouer dans La Vallée de Barbet Schroeder, film emblématique du mouvement hippie, dont la bande originale est signée Pink Floyd. 

En 1973, elle tombe amoureuse du guitariste anglais Ian Jelfs, et avec lui se consacre uniquement à la musique. Valérie Lagrange chante alors avec Higelin, Bertignac et Bashung. En 1980, elle est la première chanteuse française à signer avec Virgin, et son album Faut plus me la faire est sacré disque d’or. 

Elle subit alors des épreuves personnelles très violentes, Ian Jelfs devenant tétraplégique à la suite d’une overdose. Mais elle fait preuve de résilience et revient en 2003 sur le devant de la scène grâce à Benjamin Biolay qui lui écrit l’album Fleuve Congo

Dans son livre de souvenirs intitulé Mémoires d’un temps où l’on s’aimait, elle revient joliment sur sa carrière en disant : 

Je ne me suis pas exprimée dans le cinéma, contrairement à la musique. Je suis passée à côté du cinéma, mais je n’ai pas de regrets.

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