Ce soir, je tenais à rendre hommage à Agnès Varda, cette cinéaste exceptionnelle qui nous a quitté il y a quelques jours.

Agnès Varda en 1970
Agnès Varda en 1970 © AFP

Elle est la première femme au monde à avoir reçu à la fois une Palme d’or d’honneur et un Oscar d’honneur pour l’ensemble de son œuvre. Ces prix amplement mérités saluent une carrière unique, l’œuvre magistrale d’une magicienne du cinéma. 

De son vrai prénom Arlette, Varda est née en Belgique en 1928. Lorsque la guerre éclate, sa famille trouve refuge dans le Sud de la France, à Sète. Bac en poche, elle change officiellement de prénom et entre à l’école du Louvre. Elle choisit alors la voie de la photographie et devient photographe pour le Festival d’Avignon dès sa création en 1948.  

Mais bientôt l’image seule ne lui suffit plus, elle a envie de mots, selon ses propres dires. Agnès se tourne alors vers le cinéma, un peu par hasard, sans se revendiquer cinéphile : 

À mes 25 ans, je n’avais peut-être vu que neuf ou dix films. Je n’ai pas fait d’école de cinéma, je n’ai pas été assistante, j’ai imaginé, voilà, je me suis lancée. 

Le mélange des images et des mots nés de son imagination produit alors La Pointe courte, son premier film qui préfigure la Nouvelle Vague cinq ans avant son avènement. Pour Agnès, c’est une révélation : dès le premier plan, elle se sait cinéaste. Et la suite le confirme : une cinquantaine de films réalisés en soixante-cinq ans de carrière. Fiction, documentaires, hommages, téléfilms, courts métrages, Agnès Varda touche à tous les genres et tous les styles. 

En 1962, Georges de Beauregard, le producteur phare de la Nouvelle Vague, lui suggère de réaliser « comme ses copains, un petit film en noir et blanc, pas cher ». Ce sera Cléo de 5 à 7, qui lui ouvre grand les portes de la Nouvelle Vague et l’introduit au petit groupe formé par Godard, Truffaut, Rivette, Rohmer et son mari Jacques Demy.   

Bien sûr, la vie et la carrière d’Agnès sont intimement liées à celles de Demy. Ensemble, ils ont vécu plus de trente ans entre Paris, Los Angeles et Noirmoutier, ont élevé deux enfants et nourri leurs créations réciproques. Si leurs œuvres ne se confondent pas, elles se répondent et se rendent hommage, comme dans Jacquot de Nantes. 

Agnès réalise en 1991 cet hommage à son cher Jacques, disparu l’année précédente. Une œuvre plurielle, mêlant souvenirs d’enfance du réalisateur, archives de films et interview de Demy. Une ultime preuve d’amour.    

En 1985, Varda rencontre son plus grand succès commercial avec Sans toit ni loi. Révélée par Pialat deux ans plus tôt, Sandrine Bonnaire y confirme son immense talent d’actrice. Son rôle de jeune SDF retrouvée morte de froid lui vaut le César de la meilleure actrice. Un personnage de femme forte, filmé par une cinéaste au caractère bien trempé.    

Toute sa vie, Agnès Varda n’a eu de cesse d’affirmer son engagement féministe. Dès les années 1970, elle se prononce en faveur de l’avortement en réalisant le documentaire Réponse de femmes : notre corps, notre sexe. Jusqu’à sa mort, elle a continué à porter le combat pour les droits des femmes, en se joignant notamment au mouvement 50/50 pour 2020 lors du dernier festival de Cannes.  

La filmographie d’Agnès Varda est à son image : farfelue, originale et poétique. Elle qui à 75 ans n’hésitait pas à se déguiser en patate pour déambuler à la Biennale de Venise…

L’œuvre d’Agnès témoigne d’une curiosité sans cesse renouvelée, d’une créativité foisonnante, toujours en quête d’une trouvaille verbale ou formelle.    

Pour goûter à son univers, je vous invite à découvrir ou revoir Les Plages d’Agnès, son autobiographie solaire et singulière.   

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