Un corps de déesse, une voix délicatement rauque, des yeux immenses, une sympathie immédiate : Claudia Cardinale incarne la femme suprême...

Claudia Cardinale
Claudia Cardinale © AFP / STF

Sincère et mystérieuse, elle est l’héroïne du Guépard, l’égérie du grand cinéma italien et la porte-parole du cinéma européen dans son ensemble.  

Née à Tunis en 1939, à l’époque du protectorat français, elle grandit au sein d’une famille française d’origine sicilienne. 

À 17 ans, elle gagne le concours de la plus belle Italienne de Tunis pendant la semaine italienne du cinéma. La récompense est un voyage au festival de Venise… Pourtant, elle souhaite devenir institutrice et décline donc toutes les propositions qui lui sont faites. 

Revenue en Tunisie, un terrible évènement bouleverse sa vie. Elle est violée par un Français et tombe enceinte. Au même moment, le réalisateur Mario Monicelli se met en quête de la jeune femme qui vient de faire sensation à Venise pour son prochain film Le Pigeon

Claudia Cardinale se rend alors à Rome, accompagnée de son père. Elle l’explique aujourd’hui : « Si j’ai fait du cinéma, c’est pour quitter la Tunisie et me rendre indépendante ». 

Elle signe alors un contrat avec l’homme qui l’a faite venir en Italie, Franco Cristaldi, le grand producteur de l’époque. Il l’épouse et prend en charge le destin de sa protégée, l’aide même pour son accouchement mais exige que l’enfant passe aux yeux du public pour le frère de Claudia.  

C’est le cinéma et seulement le cinéma qui la sauve de ce traumatisme, dit-elle : « Quand tu ne parles pas, le cinéma t’aide à t’ouvrir ». 

Elle enchaîne avec le film de Pietro Germi Meurtre à l’italienne qui lui vaut sa première critique importante, signée Pasolini, et un livre d’entretiens écrit par Moravia. 

Débute alors pour elle une période fastueuse, Claudia enchaîne les films d’auteurs et de divertissements de grande qualité. Elle commence aussi une carrière française avec Les Lions sont lâchés de Henri Verneuil et Cartouche de Philippe de Broca, aux côtés de Jean-Paul Belmondo. Deux œuvres, deux bons films qui consacrent en France cette « petite fiancée de l’Italie » comme disait Zurlini sur le tournage de La Fille à la valise.  

Appelée par Visconti pour être la belle et frondeuse Angelica du Guépard, elle est en même temps réclamée par Fellini qui veut en faire sa muse sur Huit et demi. Contrastes de styles et méthodes de travail diamétralement opposées. Avec Visconti, c’est l’extrême rigueur, le souci maladif du détail et la discipline. Avec Fellini, c’est l’improvisation, la tchatche et l’enchantement. 

Réclamée par les Américains, elle tourne avec Peter Sellers -qu’elle trouve sinistre- dans La Panthère rose et Henry Hathaway dans Le Plus Grand Cirque du monde aux côtés de John Wayne qui dit à son sujet : « Rien ne lui est impossible ».  

Mais sa vraie rencontre américaine, c’est avec un Italien : Sergio Leone pour Il était une fois dans l’Ouest. Dans ce monde d’hommes, elle est l’unique aventurière. Et même si elle ne se dénude pas dans sa scène d’amour avec Henry Fonda, elle reste sexy. Elle le dit malicieusement : « J’ai été un sex-symbol sans me déshabiller, de toute façon j’en aurais été incapable ». 

Les années 70 à 90 sont riches de rôles dans des productions italiennes réalisées par Mauro Bolognini, Franco Zeffirelli, Luchino Visconti (4 films en tout) et son mari Pasquale Squitieri, et dans un nombre considérable de films européens signés Nadine Trintignant, Diane Kurys et Werner Herzog. 

Ensuite, à compter des années 2000, elle se consacre au théâtre avec Tennessee Williams dans Doux Oiseau de jeunesse et La Ménagerie de verre à Paris et en Italie. 

Bien sûr, sa carrière est jalonnée de nombreux prix glanés à travers le monde, beaucoup de présences à Cannes. 

« Gamine, dit-elle, je voulais faire le tour de l’Afrique pour voir des lions. Actrice, j’ai fait mieux, j’ai fait le tour du monde. Il n’y a pas de plus belle aventure que le cinéma ». 

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